En coulisse

Pourquoi buvons-nous encore de la chicorée ?

David Lee
12/2/2026
Traduction : Sophie Boissonneau
Photos: David Lee

La chicorée était autrefois consommée en guise de substitut au café lorsque ce dernier venait à manquer ou était trop cher. La boisson n’a toutefois pas disparu après la Seconde Guerre mondiale. Comment expliquer cela ? Je me suis prêté à une dégustation.

La vieille génération aussi, elle était mieux avant. Aujourd’hui, iels font leur jogging sous nos nez, se pavanant avec leur survêt’ rose pétant et nous racontant leur vie sans qu’on ait rien demandé. Il faut dire que la vie est belle à 70 ans, quand on peut aller à tous les concerts qu’on veut. Dans mon enfance, les choses étaient bien différentes. Les papis et mamies s’occupaient de leurs plantes d’intérieur, regardaient par la fenêtre et buvaient du café coupé à la chicorée.

La chicorée, c’est quoi ?

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses denrées alimentaires dont le café on fait l’objet d’un rationnement. Chaque personne se voyait donc accorder une certaine quantité de café par mois. Or, même avant le rationnement, le café était une denrée chère que les populations les plus pauvres substituaient quand elles le pouvaient, souvent avec la racine de chicorée. En règle générale, les gens buvaient un mélange : du vrai café coupé avec un peu de chicorée.

Dans certaines régions francophones, la chicorée désigne aussi la salade frisée et il y a bien un lien avec la poudre qui nous intéresse aujourd’hui. La salade et la poudre proviennent en fait de différentes parties d’une même plante.

Voilà pour les bases, mais cela ne m’explique pas pourquoi les gens ont continué à couper leur café à la chicorée après 1945. De nombreuses personnes ont certes tourné le dos à cette plante, mais elle n’a pas complètement disparu de nos tasses.

Un emballage séduisant

Tout n’était pas mieux avant, mais le design des emballages alimentaires l’était certainement. Les emballages rétros qui n’ont jamais changé de design ont tout simplement meilleure allure. C’est notamment le cas des bâtonnets de glace vanille phoque de la Migros, de la crème pour les mains Nivea ou encore des paquets de chicorée. Franck Aroma, que j’essaie ici, est un substitut de café en poudre, tandis qu’Incarom est une boisson instantanée directement soluble, composée pour moitié de café et pour moitié de chicorée.

Nestlé Classique (550 g)
Café soluble
Remise quantitative
CHF12.60 à partir de 4 pièces CHF22.91/1kg

Nestlé Classique

550 g

Première préparation : pas mal du tout

À l’odeur, mon nez oppose un non ferme. Je sens une odeur de renfermé qui n’a absolument rien à voir avec le café.

Selon l’emballage, la recette traditionnelle se compose d’un tiers de chicorée et de deux tiers de café. Je mouds du café frais, j’en remplis les deux tiers de ma Bialetti et complète avec la bonne vieille chicorée. Le résultat est buvable, mais pas aussi bon qu’un café normal. L’odeur de renfermé a, heureusement, presque complètement disparu.

On dirait du café moulu, mais ce n’en est pas. Son odeur le trahit aussitôt.
On dirait du café moulu, mais ce n’en est pas. Son odeur le trahit aussitôt.

Deuxième préparation : beurk !

Encouragé par cette expérience, je décide de passer au cran supérieur : 100 % de chicorée, 0 % de café. En prime, j’opte pour la méthode de choix d’un militaire en service actif, c’est-à-dire le filtre à café. Après tout, tout le monde n’a pas de cafetière moka chez soi. Lors de ma deuxième tentative, une partie de la chicorée s’échappe du compartiment supérieur avec l’eau infusée, ce n’est pas beau à voir.

La boisson pure chicorée manque bien sûr de caféine, mais c’est le moindre de mes problèmes.

Cette fois, je perçois clairement l’odeur nauséabonde même dans le breuvage fini. Je crains le pire et me résous même à ouvrir une fenêtre par une froide journée de février. Au moins, la couleur est en tous points similaire à celle d’un vrai café et reste même plus sombre après l’ajout de lait.

Dans ma première concoction, je n’ai guère remarqué l’arôme de la chicorée, il est malheureusement bien présent cette fois.

La boisson goûte une amertume différente de celle du café qui reste plus longtemps en bouche. C’est bien sûr une question de goût et ça plaît sûrement à certaines personnes. Après tout, il y a bien des gens qui préfèrent la Feldschlösschen à la vraie bière.

Cette fois-ci, je la prépare à la manière d’un café filtre.
Cette fois-ci, je la prépare à la manière d’un café filtre.

Je ne suis pas un snob du café. À l’école de recrues, le samedi matin à cinq heures et demie, une boisson dont personne n’a jamais su déterminer s’il s’agissait d’un café au lait ou d’un chocolat chaud était servie. Je la buvais sans sourciller. À l’université, il y avait des machines à café qui crachaient un mélange suspect de poudre instantanée, de lait en poudre et de sucre. C’était du bas de gamme, mais j’en ai avalé des litres. Aujourd’hui encore, je bois presque tous les types de café, sauf ceux provenant de machines automatiques entartrées et non entretenues.

Mais là c’est au-dessus de mes forces. Je bois la tasse aux deux tiers environ et je verse le reste dans l’évier. Une demi-heure plus tard, je me brosse les dents en plein après-midi, car je ne supporte plus l’arrière-goût.

Un bon compromis : moitié-moitié

Il faut dire que le fabricant ne recommande pas du tout de boire la chicorée pure, je décide donc de tenter une troisième variante, à savoir : moitié café, moitié chicorée. Il s’agit d’ailleurs des proportions que l’on retrouve dans l’Incarom. Je renouvelle mon expérience avec un filtre. Pendant la préparation, je ferme la porte de la cuisine, je ne veux pas de cette odeur dans tout l’appartement.

Une fois de plus, je suis surpris. Contrairement à la première fois, je sens nettement le goût de la chicorée, mais cela me dérange beaucoup moins que dans la variante pure. Il faut s’y habituer, mais je comprends qu’on aime ça quand on a grandi avec.

Le fabricant affirme que la chicorée « fait ressortir le meilleur des grains de café ». Je ne suis pas d’accord. Au contraire, les grains de café neutralisent l’odeur et, dans une certaine mesure, le goût de la chicorée. Cette dernière apporte une note douce-amère à la boisson. Ce qui peut être plaisant dans certaines circonstances ou comme l’a si bien écrit un publicitaire, probablement shooté au café lui aussi :

En le mélangeant à du café moulu à partir de vrais grains, vous déclenchez une symphonie de saveurs qui dansent sur vos papilles.

J’ai rarement autant ri.

Un des grands mystères de l’humanité

Je suis surpris de constater les énormes différences entre mes trois breuvages. En complément du café, la chicorée est tout à fait consommable, mais elle ne vous permettra pas de faire des économies. Le café le moins cher coûte moins cher que le substitut à la chicorée. Sans compter qu’Incarom existe même sous forme de capsules Nespresso ce qui le rend encore plus cher.

Nescafé Dolce Gusto Incarom Latte (16 x Port.)
Capsules de café
Remise quantitative
CHF6.95 à partir de 4 pièces CHF0.43/1x Port.

Nescafé Dolce Gusto Incarom Latte

16 x Port.

Alors pourquoi boit-on encore de la chicorée aujourd’hui ? Aussi difficile soit-il de le reconnaître pour moi, on peut apprécier son goût. Ou peut-être pour des raisons de santé. Avec moins de caféine, le breuvage est peut-être plus digeste. La chicorée est en outre une plante qui pousse localement, ce qui lui donne un avantage écologique indéniable. Toujours est-il qu’il faut en apprécier le goût.

Voici ma conclusion très subjective : cinq étoiles pour l’emballage, deux pour le goût et moins deux pour l’odeur. À noter que les aspects négatifs sont largement contrebalancés par l’ajout de vrai café. C’était amusant, mais je ne retenterai pas l’expérience.

Cet article plaît à 182 personne(s)


User Avatar
User Avatar

Mon intéret pour l'informatique et l'écriture m'a mené relativement tôt (2000) au journalisme technique. Comment utiliser la technologie sans se faire soi-même utiliser m'intéresse. Dans mon temps libre, j'aime faire de la musique où je compense mon talent moyen avec une passion immense. 


Alimentation
Suivez les thèmes et restez informé dans les domaines qui vous intéressent.

En coulisse

Des informations intéressantes sur le monde des produits, un aperçu des coulisses des fabricants et des portraits de personnalités intéressantes.

Tout afficher

Ces articles pourraient aussi vous intéresser

  • En coulisse

    Le bon café est enfin arrivé en Suisse

    par Simon Balissat

  • En coulisse

    Rösterei Maria-Rickenbach : l’usine de torréfaction installée dans un hameau de montagne

    par Simon Balissat

  • En coulisse

    Tout sur le café vert : équitable ou pas équitable, telle est la question

    par Simon Balissat

51 commentaires

Avatar
later