
Les feux d’artifice, c’est de l’égoïsme avec une mèche
Quand vous dépensez des centaines de francs pour quelques minutes de bruit, vous partagez gratuitement le bruit, la peur, les particules fines et les déchets avec tout le voisinage.
J’ai attendu samedi avec impatience. Pas à cause de la sécheresse, et encore moins à cause du risque d’incendie de forêt. J’ai attendu avec impatience une Fête nationale avec nettement moins de fusées et de pétards. Je trouve ça formidable.
Le 1er août, il était interdit d’allumer des feux d’artifice pratiquement partout en Suisse. Dans le canton de Zurich, cette interdiction s’appliquait de fait dans toutes les communes, même les cierges magiques ont dû rester dans leur boîte.
Selon la police cantonale, toute personne qui enfreint cette interdiction s’expose à une amende d’au moins 100 francs suisses, voire bien plus. Si quelqu’un provoque un incendie, la personne responsable devra en outre prendre en charge les frais d’extinction et le coût lié aux dommages causés.

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Le risque élevé d’incendie justifie cette interdiction, mais ce n’est pas la seule bonne raison de renoncer aux feux d’artifice. La sécheresse ne fait que mettre particulièrement en évidence ce que nous avons tendance à occulter lors des fêtes nationales habituelles : les feux d’artifice privés ne le sont pas.
Vous achetez la fusée, je paie la facture
Vous payez les feux d’artifice, vous les allumez et vous les regardez s’envoler. En quelques minutes, quelques centaines de francs partent en fumée. C’est votre argent, vous en faites ce que vous voulez.
Mais les conséquences de votre achat ne se limitent pas à votre propriété. Tout le quartier entend la détonation. Le chien caché sous la table, les animaux sauvages dans les champs et les personnes qui n’associent pas les explosions à une fête profitent de fait du spectacle. Vous partagez également la fumée et les déchets avec tout le monde.

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Les amateurs de feux d’artifice qualifient souvent une interdiction de « tutelle ». Je vois les choses autrement : une poignée de personnes décide de ce que tous les autres doivent entendre et respirer. Si pour vous faire plaisir, vous devez imposer quelque chose à tout votre entourage, alors ça n’a plus rien de privé.
L’Office fédéral de l’environnement souligne que les bruits soudains des feux d’artifice effraient les animaux domestiques, de ferme et la faune sauvage. Le bruit et les polluants peuvent nuire à la santé des humains et des animaux.
Pourtant, jusqu’à présent, ce sont surtout celles et ceux qui souffrent des feux d’artifice qui doivent agir. Iels ferment leurs fenêtres, calment leurs animaux ou partent quelques heures. Celles et ceux qui allument la mèche, en revanche, ne doivent rien sacrifier. Je trouve cette situation absurde.
Dans un article de Galaxus datant de 2018, Raphaël racontait l’histoire d’une collègue qui avait fui la guerre pour se réfugier en Suisse. Chaque 1er août, elle partait aussi loin que possible, car les détonations lui rappelaient la guerre.
Huit ans plus tard, nous discutons encore pour savoir si ces personnes doivent supporter ce bruit ou si les amateurs et amatrices de feux d’artifice peuvent s’en passer. Pour moi, la réponse est simple.
Un volcan n’a pas de passe-droit écologique
Selon l’OFEV, la Suisse consomme chaque année entre 1000 et 2000 tonnes de feux d’artifice. Seul un quart de cette quantité est constitué de composés pyrotechniques, le reste se compose d’emballages en bois, en carton, en plastique ou en argile.
Chaque année, les feux d’artifice libèrent environ 200 à 400 tonnes de particules fines, soit à deux à trois pour cent du total des émissions suisses. Une partie de ces particules se retrouve ensuite dans les sols et les cours d’eau.

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Ces chiffres ne font pas la distinction entre les feux d’artifice privés et officiels. Une interdiction pour les particuliers ne réduirait donc pas la pollution à zéro. Ce n’est toutefois pas un contre-argument. En effet, nous ne sommes pas obligés d’éliminer d’abord toutes les autres émissions avant d’en réduire une qui est particulièrement superflue.
C’est pourquoi même les feux d’artifice silencieux ne me convainquent que partiellement. Un volcan n’obtient pas un passe-droit écologique simplement parce qu’il n’est pas en éruption. Il continue de brûler des substances pyrotechniques et laisse des déchets derrière lui. Nous pouvons discuter d’une alternative silencieuse, sans substances nocives ni résidus, mais il me semble trop simpliste de présenter la pyrotechnie comme inoffensive simplement parce qu’elle fait moins de bruit.
Même si l’été n’est pas aussi sec et que le risque d’incendie est moindre, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a aucun danger. Selon le Centre de prévention des accidents, environ 230 personnes actives se blessent chaque année en utilisant des feux d’artifice.
Les statistiques de l’assurance accidents ne prennent pas en compte les enfants ni les autres personnes sans activité professionnelle. Les victimes souffrent particulièrement souvent de brûlures aux mains et aux doigts, ainsi que de lésions auditives. Cela fait également partie de cette tradition supposée inoffensive.
La tradition n’est pas un alibi
On dit souvent que les feux d’artifice font tout simplement partie intégrante du 1er août. Pour moi, la tradition est dans ce contexte plus une excuse qu’un argument. Une habitude ne prend pas automatiquement de la valeur simplement parce que nous la répétons depuis assez longtemps. Si ce sont surtout les autres qui en subissent les conséquences, elle peut très bien disparaître.
La fête nationale ne perd ni son importance ni sa joie si aucun pétard n’explose dans le jardin. Le patriotisme ne se mesure pas en décibels. Les enfants peuvent s’émerveiller sans que nous effrayions les animaux, que nous dérangions les gens et que nous rejetions des polluants dans l’air.
Les feux d’artifice ne bénéficient même pas d’un soutien aussi large que leur bruit pourrait le laisser supposer. Dans un sondage représentatif YouGov (en allemand) réalisé en 2024, 60 % des personnes interrogées se sont prononcées contre les feux d’artifice privés le 1er août.
Les amateurs de pétards ne constituent donc pas la majorité silencieuse. Ils ne sont qu’une minorité bruyante.
Les grands spectacles constituent un compromis raisonnable
Je ne souhaite pas bannir les feux d’artifice de manière générale. Les grands spectacles organisés par des professionnels peuvent, à mon sens, avoir lieu.
Eux non plus ne sont ni propres ni inoffensifs, mais les organisateurs les annoncent. Ils ont lieu à un endroit précis et pendant une durée limitée. De nombreuses personnes partagent un même spectacle, au lieu de construire leur propre rampe de lancement dans un jardin sur deux.
Les environs peuvent s’y préparer. Les autorités peuvent fixer des conditions, et des professionnels se chargent du show.

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Le compromis n’est pas parfait, mais raisonnable. Ce n’est pas la pureté écologique qui m’importe, mais la proportionnalité. Un événement rare et planifié pour un large public se distingue nettement de centaines de spectacles privés non coordonnés destinés à un public que personne n’a consulté.
Oui, je veux une interdiction
Le Conseil fédéral rejette l’initiative sur les feux d’artifice, arguant notamment que les cantons et les communes peuvent d’ores et déjà les restreindre. Pour moi, la mosaïque actuelle de réglementations prouve le contraire. La protection contre les feux d’artifice privés ne doit dépendre ni de la météo ni du code postal.
Le 29 novembre, la Suisse se prononcera sur l’initiative populaire « Pour une limitation des feux d’artifice ». Celle-ci vise à interdire la vente et l’utilisation de feux d’artifice générant du bruit. Les cantons pourraient accorder des dérogations pour des événements d’importance suprarégionale. L’initiative exclut de l’interdiction les variantes silencieuses telles que les cierges magiques ou les volcans.
Je voterai « oui ». En ce qui concerne les feux d’artifice privés, je trouve même que l’initiative ne va pas assez loin. Un volcan qui rejette silencieusement des substances nocives dans l’air ne me convainc pas. La pyrotechnie privée doit disparaître complètement. Les grands spectacles peuvent rester une exception rare, planifiable et autorisée.
Samedi, nous avons d’ailleurs eu droit à une répétition générale involontaire. La Suisse ne s’est pas effondrée simplement parce que personne n’a eu le droit de faire exploser quelques centaines de francs sur un parking. Le ciel était peut-être un peu plus sombre, mais la nuit a été plus paisible.
Si vous vous sentez mis à l’écart par cette mesure, gardez une chose à l’esprit : personne ne vous oblige à assister au spectacle d’autrui. Vous n’avez simplement pas le droit d’en imposer un à tous les autres.
Sur quoi devrait porter l’interdiction des feux d’artifice : uniquement sur les feux d’artifice bruyants, sur tous les feux d’artifice privés, ou sur rien du tout ? Dites-nous tout en commentaires.
Je suis payé pour faire tout et n’importe quoi avec des jouets du matin au soir.
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