Test de produit

Deux étoiles seulement : quand la plus belle bouilloire cache un défaut rédhibitoire

Michael Restin
17/4/2026
Traduction : Stéphanie Casada

Rares sont les produits pour lesquels j’aurais autant aimé chanter les louanges que la bouilloire d’Aarke. Son design est d’une élégance intemporelle et elle aurait largement mérité de trôner définitivement sur mon plan de travail. Encore aurait-il fallu qu’elle remplisse correctement sa fonction, car trois problèmes techniques, c’est deux de trop.

Je n’ai jamais voulu écrire ce texte. À la base, je n’avais même pas l’intention d’acheter une nouvelle bouilloire, je voulais faire réparer l’ancienne. Mais après une dernière tentative et une charnière cassée, j’ai accepté le fait de devoir la changer. Ce devait pourtant être la bouilloire de toute une vie : durable, esthétique et avec le moins de plastique possible. Une bête de somme dotée de la grâce d’un étalon arabe. La marque Aarke semble réunir toutes ces qualités dans ses produits.

Depuis que le Carbonator Pro a transformé la préparation de l’eau gazeuse en une véritable expérience pour ma famille, je suis fan de la marque. C’est précisément pour cette raison que l’Aarke Kettle avait tout pour s’imposer comme la bouilloire de référence dans notre cuisine. On le sait bien : vouloir économiser à tout prix finit souvent par coûter plus cher. J’ai donc ignoré aussi bien le vainqueur du test K-Tipp à un peu moins de 40 francs, que le favori de la Stiftung Warentest à un peu plus de 20 francs, et j’ai dépensé cinq à dix fois plus.

Aarke vise le haut de gamme : à ce prix-là, tout doit être parfait.
Aarke vise le haut de gamme : à ce prix-là, tout doit être parfait.

Aarke : hyper élégante

La bouilloire est principalement en acier inoxydable, avec quelques éléments en plastique sans BPA et adapté au contact alimentaire, ainsi qu’en silicone. L’eau entre en contact avec ces matériaux au niveau du joint d’étanchéité de la sonde de température. La vapeur d’eau ne rencontre du plastique qu’à hauteur du couvercle. Cela ne me dérange pas. Je ne remarque pas non plus ce goût métallique dans l’eau que certains critiquent, mais j’apprécie ses qualités esthétiques.

Il y a ce socle élégant avec son interrupteur intégré, qui me permet de régler la température et de mettre la bouilloire en marche. Sur ce socle trône la bouilloire à double paroi, qui pèse un peu plus de 1,3 kg. Elle n’est pas trop chaude au toucher, et à l’intérieur, l’eau frémit doucement. Une fois la température souhaitée atteinte, la bouilloire s’éteint tout simplement et, si je désactive le signal sonore en appuyant longuement sur le bouton, elle ne fait plus aucun bruit. Tout ce que j’aime.

Même le filtre anticalcaire amovible est entièrement en acier inoxydable. Le plastique n’est indispensable que pour le couvercle et la sonde de température.
Même le filtre anticalcaire amovible est entièrement en acier inoxydable. Le plastique n’est indispensable que pour le couvercle et la sonde de température.

Les niveaux minimum (0,5 litre) et maximum (1,2 litre) sont indiqués à l’intérieur. Comme la bouilloire est bien isolée, l’eau reste chaude longtemps. Les LED blanches discrètes affichent la température actuelle. Le couvercle s’ouvre largement, et le bouton correspondant reprend le design de l’interrupteur situé dans le socle. Chaque détail est gage de qualité.

Plus de métal, plus de vis

Les deux fondateurs suédois, Jonas Groth et Carl Ljungh, sont des designers industriels qui souhaitaient créer des produits esthétiques, de grande qualité et réparables. Il a fallu repenser la conception de la bouilloire de A à Z : finies les soudures apparentes et, dans la mesure du possible, les matières plastiques. Cela fait certes grimper les prix, mais faire des compromis ne correspond pas à la philosophie de l’entreprise.

Nous ne cherchons jamais à réduire les coûts en utilisant moins de vis ou de matériaux, bien au contraire.
Citation de Carl Ljungh chez Manufactum

Dans une interview accordée à Manufactum (en allemand), il confie : « Chaque année, nous allons plus loin dans notre exigence de qualité : davantage de matériaux nobles, plus de métal, plus de vis, pour concevoir un produit toujours plus robuste, plus durable et tout simplement meilleur.  Au final, cela en vaut la peine. Nous en sommes fermement convaincus. » Je trouve que cela mérite d’être soutenu, car c’est une belle alternative à la mentalité du tout-jetable.

Cela ne me dérange pas non plus que la bouilloire soit fabriquée en Chine. On n’a de toute façon pas le choix. Ou bien ? Maintenant que je m’y intéresse de plus près, je me rends compte qu’il existe des marques comme Ottoni Fabbrica, Ritterwerk (en anglais) ou Dualit (en anglais) qui y parviennent pour moins cher en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni. Ce qui me frustre le plus, c’est d’entendre ma femme s’exclamer, à peine trois mois après l’achat : « Ta bouilloire hors de prix a rendu l’âme ! » Ce qui rend la chose d’autant plus piquante, c’est qu’elle n’a jamais vraiment caché son scepticisme face à mes coups de cœur pour les objets design.

Les LED se mettent à clignoter de façon erratique, avant que plus rien ne fonctionne.
Les LED se mettent à clignoter de façon erratique, avant que plus rien ne fonctionne.

Premier dysfonctionnement et ce n’est que le début

Tout commence avec l’affichage LED. Le voyant clignote frénétiquement entre les différents niveaux de température. Impossible d’utiliser l’Aarke pour faire bouillir de l’eau. L’appareil semble ensuite se remettre. De temps en temps, il faut appuyer une fois de plus sur le bouton pour qu’il s’allume. Au final, il ne fonctionne plus que de manière aléatoire, pour finir par ne plus fonctionner du tout.

Malchance, sans doute. Ce genre de mésaventure peut arriver à tout le monde, après tout. Même après la première panne, je ne voulais pas écrire ce texte. Je voulais faire réparer l’Aarke Kettle, c’est pourquoi je l’ai emmenée au bureau un mardi pour la déposer à la boutique après le travail. C’est notre réunion d’équipe hebdomadaire qui a fait que les choses se sont passées autrement.

Déjà hors service, malgré son prix élevé et son acquisition toute récente ? Avant de la ramener en magasin, je lui offre une dernière séance photo dans la cuisine du bureau.
Déjà hors service, malgré son prix élevé et son acquisition toute récente ? Avant de la ramener en magasin, je lui offre une dernière séance photo dans la cuisine du bureau.

« On a la même à la maison », dit ma collègue Darina alors que je pose l’appareil sur la table, avant d’ajouter : « Elle est déjà tombée en panne deux fois. » Pardon ? Raconte-moi tout, Darina ! « La première a émis un sifflement assourdissant en arrivant à ébullition, à la manière de ces vieilles bouilloires qu’on voit dans les films. » Le deuxième a tenu environ un an avant de se mettre à fonctionner de manière autonome, un peu comme la mienne. « Il y a deux semaines, lorsque l’eau arrivait à ébullition, les indicateurs de température s’éteignaient et l’appareil s’arrêtait tout seul. » Après une dizaine de tentatives, il a fini par démarrer. Ça me dit quelque chose...

Trois bugs, c’est deux de trop

Deux bouilloires haut de gamme, trois problèmes techniques ? C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé d’écrire ces lignes. Dans nos articles, nous nous efforçons de vous faire part d’expériences concrètes, honnêtes et utiles. Cette mésaventure n’a rien d’un scénario écrit à l’avance : elle est bel et bien tirée de la réalité du quotidien. La mauvaise qualité des photos en témoigne. D’ailleurs, j’en suis désolé. J’ai pris ces photos sur un coup de tête avec mon vieil iPhone 10 avant de rendre la bouilloire.

Pour l’instant, je n’ai plus confiance en cette bouilloire.
Pour l’instant, je n’ai plus confiance en cette bouilloire.

Lorsqu’on me propose le choix entre un remboursement et un nouvel appareil, j’hésite un instant : dois-je céder à la raison ou suivre mon cœur ? C’est non sans regret que je choisis l’argent. On n’est jamais à l’abri d’un problème technique,mais trois, c’est un peu gros. Et quand je regarde le taux de retours sous garantie pour les bouilloires électriques chez Galaxus, Aarke se retrouve en queue de peloton, dans la zone rouge : début avril, elle occupait la 57e place sur 74 marques, et c’est toujours le cas actuellement.

Xiaomi et Solis connaissent les mêmes déboires, ce qui place Aarke en mauvaise compagnie. Mais au vu du positionnement tarifaire de la marque, un tel taux de recours en garantie reste difficilement acceptable.
Xiaomi et Solis connaissent les mêmes déboires, ce qui place Aarke en mauvaise compagnie. Mais au vu du positionnement tarifaire de la marque, un tel taux de recours en garantie reste difficilement acceptable.

Je ne veux pas passer mes frustrations personnelles sur les autres. Je n’ai subi aucun préjudice. Je tiens toutefois à souligner qu’il y a encore des progrès à faire en matière de fiabilité.

Pas de réponse, pas d’explication

J’aimerais bien pouvoir vous donner une explication valable. Pour ce faire, j’ai contacté le service de presse d’Aarke le 1er avril, en évoquant mon expérience et le taux de recours en garantie. J’aurais espéré qu’un tel défaut ait déjà été identifié, qu’une amélioration ait été apportée ultérieurement, ou qu’une solution soit au moins envisagée. Malheureusement, à ce jour, je n’ai reçu aucune réponse, à part un message automatique.

Pour toute demande de la presse ou des médias : nous examinerons votre message dans les plus brefs délais et vous contacterons si une opportunité de collaboration se présente. Dans tous les autres cas, nous transmettrons votre message à l’équipe compétente au sein de notre entreprise.
Réponse d’Aarke. Je ne rentre apparemment pas dans ces catégories.

C’est pourquoi, au regard de mon expérience personnelle et des données dont je dispose, je ne peux que conclure que cette superbe bouilloire, lancée sur le marché en 2023, peine encore à surmonter quelques problèmes de fiabilité propres à tout produit en début de vie. Malgré les trois années en moyenne qu’Aarke consacre au développement de ses nouveaux produits.

Mise à jour : 20 avril 2026 :
Il semble que ma demande initiale ait atterri dans les spams. Après la publication de cet article, Aarke a immédiatement réagi et a tenté de me contacter le jour même. Aucun problème de ce type n’a été signalé, mais ils veulent aller au fond des choses et proposent de vérifier et de remplacer les appareils concernés à Stockholm, ce qui n’est malheureusement plus possible dans mon cas, car j’ai déjà renvoyé la bouilloire. Néanmoins : une réponse rapide, professionnelle et sympathique.

Au moment de m’en séparer.
Au moment de m’en séparer.

Un échec au quotidien

C’est dommage, alors que les ambitions sont si élevées, comme l’explique le fondateur Ljungh à Manufactum : « En réalité, nous n’avons pas besoin de plus d’objets dans le monde. » Ce dont nous avons besoin, en revanche, ce sont de meilleurs produits. Des produits qui résistent longtemps aux exigences du quotidien et qui conservent leur esthétique au fil du temps. « C’est ainsi qu’on investit dans l’avenir. »

Sur le plan esthétique, les designers ont atteint leur objectif. Le reste peut encore s’arranger. Cette marque a de l’avenir. L’approche aussi. Au fait, en same, « Aarke » signifie « quotidien », et dans la vie de tous les jours, cette bouilloire a malheureusement échoué chez moi. Ma femme observe avec amusement mes prochaines trouvailles, pendant que sa fidèle vieille bouilloire continue, elle, de faire son travail sans faillir.

Bilan

Magnifique, mais malheureusement sujette aux dysfonctionnements

À mon avis, la bouilloire d’Aarke est la plus belle du marché. Elle chauffe en toute discrétion, sans bips intempestifs, affiche une finition soignée et réduit au minimum l’utilisation du plastique.

La mienne a rendu l’âme au bout de trois mois à peine, une collègue a déjà dû la faire réparer à deux reprises, et le taux de retours sous garantie est bien trop important pour un appareil vendu à plus de 200 francs suisses. La marque suédoise souhaite commercialiser des produits au design intemporel, réparables et durables.

Malheureusement, ce dernier point pose problème. C’est donc à contrecœur que je ne lui attribue que deux étoiles : une pour le design et une pour l’exigence de qualité de cette entreprise relativement jeune.

Pro

  • plastique uniquement au niveau du capteur de température et du couvercle (joint)
  • silencieuse
  • magnifique

Contre

  • taux élevé de retours sous garantie (16.04.26 : 3,6 %, 57e sur 70)
  • trois pannes avec deux appareils pendant la période de garantie

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Écrivain amateur et père de deux enfants, j’aime être en mouvement et avancer en équilibre sur le chemin sinueux de la vie de famille. Je jongle avec plusieurs balles et il m’arrive parfois d’en faire tomber une. Il peut s’agir d’une balle, ou d’une remarque. Ou des deux. 


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