Assiettes parfumées à base de déchets

Assiettes parfumées à base de déchets

Pia Seidel
Zurich, le 07.09.2021
Traduction: Sophie Boissonneau
Ceux qui aiment la nourriture jettent moins. Et cela vaut déjà avant la cuisson : la designer culinaire Laura Lynn Reyes fabrique des assiettes compostables et odorantes à partir de déchets culinaires.

Selon l'OFEV, 290 000 tonnes de déchets alimentaires sont produites chaque année dans les établissements de restauration et les cuisines des hôtels en Suisse. Ceux-ci sont en partie constitués d'aliments non transformés, comme un citron pressé. Les consommateurs produisent aussi régulièrement des déchets avec les plats à emporter et leurs contenants. Pour la designer culinaire diplômée de la ZHdK Laura Lynn Reyes, les raisons de s'intéresser de plus près au gaspillage alimentaire ne manquaient pas. Et si on pouvait les transformer en quelque chose de neuf ? Quelque chose qui finirait à nouveau sur votre table ?

Projet Nom.0

Pour son projet de bachelor intitulé « Nom.0 », la designer a cherché des moyens de fabriquer un biomatériau utilisable à partir de déchets organiques. Un matériau que l'on pourrait utiliser pour fabriquer de nouveaux produits. « Il n'est pas seulement important de savoir combien nous jetons, mais aussi ce que nous jetons », explique Laura. « J'ai commencé par expérimenter avec des os d'animaux. Cependant, après mes recherches, j'ai décidé de ne pas utiliser de matières d'origine animale. Je ne veux pas les esthétiser. Au lieu de cela, j'ai récupéré les restes du restaurant zurichois Neue Taverne, qui met l'accent sur les légumes. »

Laura, diplômée de la ZHdK et designer, veut changer la façon dont nous pensons aux déchets.
Laura, diplômée de la ZHdK et designer, veut changer la façon dont nous pensons aux déchets.

Avec les pelures de citrons, de rhubarbe et de petits pois, qui étaient de saison à l'époque, Laura a ensuite réussi, après quelques expérimentations, à produire une matière première pour le biomatériau. Elle en a ensuite fait des assiettes et des sacs compostables. Les assiettes prennent forme dans un moule à l'aide de chaleur et de la pression exercée sur les déchets organiques purs. Le biomatériau des sacs est créé en mélangeant une biomasse transparente et les déchets organiques dans un processus de séchage. À la fin, Laura renvoie les prototypes au restaurant. « Ces modèles sont destinés à offrir plus de flexibilité aux restaurants », explique Laura. « Les clients prennent parfois spontanément leur repas à emporter au lieu de manger sur place. Surtout avec la crise sanitaire. »

Ne pas jeter : pelures de rhubarbe.
Ne pas jeter : pelures de rhubarbe.
Un nouveau cuir à base de rhubarbe. Photo : Laura Lynn Reyes
Un nouveau cuir à base de rhubarbe. Photo : Laura Lynn Reyes

Une histoire de parfum

La particularité de ces assiettes est qu'elles sentent encore un peu l'aliment à partir duquel elles ont été fabriquées. Les chefs peuvent utiliser ce parfum ainsi que l'esthétique des assiettes pour mettre en valeur leurs créations. Quant aux invités, tous leurs sens sont mis en éveil. Des aliments comme le pain ou les fruits secs peuvent être servis dans un sac alimentaire en noyau d'avocat au lieu des habituels sacs en papier. « Sa texture peut protéger la croustillance des aliments qu'il contient, tandis que le sac en cuir de rhubarbe peut mettre en valeur les aliments sucrés grâce à sa couleur délicate. »

Les sacs se dissolvent au contact de l'eau chaude et peuvent ainsi être mis sur le compost.
Les sacs se dissolvent au contact de l'eau chaude et peuvent ainsi être mis sur le compost.
Ils sont adaptés au transport d'en-cas secs.
Ils sont adaptés au transport d'en-cas secs.

Transformer les déchets en or

Le nom du projet fait référence au souci de Laura de prolonger le cycle de vie des produits : « Le terme "Nom" est dérivé du mot anglais "Nomad" ainsi que de l'onomatopée représentant l'action de manger avec appétit dans la même langue. "Nomad" reflète la mobilité de notre société et "0" signifie que tous les éléments essentiels sont à base de plantes et fabriqués à partir de déchets organiques – des matériaux qui peuvent retourner à la terre dans un cercle vertueux. Le restaurant peut également les réutiliser comme sous-verre. »

Nom.0 convient comme vaisselle à emporter.
Nom.0 convient comme vaisselle à emporter.
Vous pouvez également utiliser les assiettes comme sous-verre pour les objets du quotidien. Photo : Laura Lynn Reyes.
Vous pouvez également utiliser les assiettes comme sous-verre pour les objets du quotidien. Photo : Laura Lynn Reyes.

Pour poursuivre le développement de ses prototypes, la designer culinaire recherche désormais des sites de production appropriés en Suisse. Pour l'instant, elle produit encore tout à la main : « il existe déjà de la vaisselle jetable en biomatériaux, mais il manque un concept circulaire comme celui de Nom.0. Une idée qui encourage les gens à réfléchir au cycle de la nourriture et du gaspillage alimentaire et à revaloriser les déchets. Si vous faites quelque chose de nouveau à partir de déchets, les gens vont soudainement les réutiliser. Je considère que c'est mon travail en tant que designer : montrer l'étendue du possible. »

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Pia Seidel
Pia Seidel

Senior Editor, Zurich

« ll n'y a que deux façons de vivre sa vie : l'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle. Je crois en la dernière.» – Albert Einstein

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