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En coulisse

Les hommes profitent-ils davantage de la musculation ? Vrai ou faux ?

Claudio Viecelli
26/2/2026
Traduction : Martin Grande

Beaucoup d’hommes et de femmes pensent que les hommes ont un avantage en musculation. Dans cette série, nous passons au crible les mythes les plus répandus. Cette fois, nous nous intéressons au rôle du sexe dans la musculation.

La musculation va bien au-delà de la simple prise de masse musculaire. Elle agit comme un véritable médicament sur le corps, car elle peut contribuer à prolonger la durée de vie en bonne santé [1–6]. Avant la puberté, les différences physiques entre garçons et filles sont minimes, à l’exception des organes génitaux. C’est seulement avec l’arrivée de la puberté que les changements hormonaux entraînent des différences marquées entre les sexes.

Le taux de testostérone au repos est environ 10 à 40 fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes [1,2]. En raison de ses puissants effets anabolisants [3–5], on estime que la testostérone favorise le développement musculaire. D’une part en augmentant la synthèse des protéines musculaires [6], d’autre part en réduisant leur dégradation [7]. Pour simplifier, on peut comprendre ce processus de la manière suivante : le corps fournit davantage de matériaux de construction pour les muscles, tandis qu’il en perd moins en parallèle. Il en résulte un bilan net positif qui permet au muscle de croître et de produire davantage de force.

Influence des œstrogènes et de la menstruation

Si la testostérone est une hormone clé chez les hommes, les œstrogènes jouent un rôle central dans la régulation de la masse musculaire chez les femmes. Cette hormone peut réduire la dégradation des protéines musculaires [8].

Les récepteurs aux œstrogènes présents dans les muscles squelettiques ainsi que dans les tendons et les ligaments semblent influencer les structures protéiques du muscle et améliorer la réactivité aux stimuli anabolisants [9]. Avec l’âge, le taux d’œstrogènes diminue, ce qui peut entraîner une perte rapide de masse musculaire et de force chez les femmes [9]. Des études montrent qu’un traitement hormonal substitutif après la ménopause peut compenser en partie ces changements en stimulant l’activité des gènes impliqués dans le développement musculaire [10].

Les effets du cycle menstruel sur la force musculaire ont fait l’objet de nombreuses recherches. La plupart des études n’ont toutefois constaté que des différences faibles, voire inexistantes, entre les phases du cycle [11–13]. En l’état actuel des connaissances, la phase du cycle menstruel dans laquelle se trouve une femme n’a pas d’incidence. Ni sa force lors d’une séance isolée ni ses progrès grâce à un entraînement régulier de musculation ne sont influencés par le cycle [14]. Néanmoins, d’autres facteurs pouvant affecter la performance, la question mérite d’être approfondie.

Réponse hormonale chez les hommes et les femmes

La musculation représente un stimulus puissant pour le développement musculaire, quel que soit le sexe. Cet effet est en partie médié par des variations à court et à long terme d’hormones telles que la testostérone, le facteur de croissance analogue à l’insuline de type 1 (IGF‑1), l’hormone de croissance et le sulfate de déhydroépiandrostérone (DHEA‑S) [15–18]. Les adaptations induites par la musculation diffèrent néanmoins entre les femmes et les hommes.

Après un entraînement intensif de musculation, les taux de testostérone dans le sang augmentent fortement à court terme chez les hommes [18]. Chez les femmes, en revanche, le taux de testostérone ne varie pratiquement pas après l’entraînement [1,19–21]. En ce qui concerne l’hormone de croissance, la réponse à la musculation est similaire chez les deux sexes [1,21]. Hommes et femmes présentent une augmentation après l’entraînement. Les recherches sur la réponse à court terme de l’IGF-1 à la musculation restent à ce jour contradictoires [1,17,19,22]. La combinaison de l’hormone de croissance et de l’IGF-1 semble toutefois constituer chez les femmes [23] une sorte de compensation au faible taux de testostérone, car elles parviennent à gagner significativement en section transversale du muscle [20] grâce à un entraînement régulier de musculation, malgré des taux de testostérone bas.

Le DHEA-S est un précurseur de la testostérone [24] et représente environ 90 % de la testostérone circulante chez les femmes [25,26]. C’est la principale hormone surrénalienne chez les femmes comme chez les hommes [27]. Une seule séance de musculation entraîne une augmentation du taux de DHEA-S dans le sang chez les femmes comme chez les hommes [28], tandis que huit semaines d’entraînement régulier de musculation ne conduisent à des valeurs de repos nettement plus élevées de DHEA-S que chez les femmes [29]. Par ailleurs, une étude [30] a montré que chez les femmes (p < 0,001), des taux de DHEA-S plus élevés sont associés à une plus grande force des extenseurs de la jambe, ce qui n’est pas le cas chez les hommes. Le DHEA-S pourrait donc être un facteur important dans le développement de la force chez les sportives. Dans l’ensemble, il existe des différences marquées entre les femmes et les hommes en ce qui concerne les taux de repos des hormones anabolisantes et leur réponse à la musculation.

Force et masse grâce à la musculation chez les hommes et les femmes

Plusieurs études se sont penchées sur les différences entre les sexes en matière de développement musculaire et de force par la musculation. Roth et son équipe de recherche [31] ont examiné si l’âge ou le sexe influencent l’augmentation du volume musculaire par la musculation. Pour ce faire, huit jeunes hommes, six jeunes femmes, neuf hommes âgés et dix femmes âgées ont participé à un programme de musculation de six mois, à raison de trois séances par semaine ciblant tous les principaux groupes musculaires du haut et du bas du corps. Le volume musculaire des cuisses et du quadriceps ainsi que la section transversale du muscle au milieu de la cuisse ont été mesurés par imagerie par résonance magnétique (IRM) avant et après la période d’entraînement. Le volume musculaire a augmenté significativement dans tous les groupes d’âge et de sexe grâce à l’entraînement (p < 0,001). Aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les groupes. Ni l’âge ni le sexe n’ont eu d’influence sur l’augmentation du volume musculaire.

Une autre étude a examiné l’influence de l’âge et du sexe sur le développement musculaire par la musculation [32]. Les participants étaient 11 jeunes (25 ± 3 ans) et 12 hommes âgés (69 ± 3 ans) ainsi que 11 jeunes (26 ± 2 ans) et 11 femmes âgées (68 ± 2 ans). Toutes et tous ont entraîné leur musculature des cuisses trois fois par semaine pendant 9 semaines. Les hommes ont développé environ deux fois plus de volume musculaire que les femmes (204 ± 20 vs 101 ± 13 cm3, p < 0,01). Cette différence persistait même en tenant compte du fait que les hommes disposaient d’un volume musculaire plus important au départ. Fait intéressant, après une pause d’entraînement de 31 semaines, les hommes ont perdu davantage de masse musculaire que les femmes (151 ± 13 vs 88 ± 7 cm3, p < 0,05). D’autres études [33–36] sont parvenues à des conclusions similaires.

Les femmes répondent différemment, mais tout aussi fortement

De récents résultats de recherche montrent que les hommes et les femmes d’âge moyen (40–64 ans) réagissent de manière similaire au niveau cellulaire et obtiennent des adaptations comparables après 10 semaines de musculation. La section transversale du muscle a augmenté de manière significative chez les deux sexes (p = 0,014), de même que le nombre de capillaires par fibre musculaire (p < 0.05) [37]. Cela montre que les hommes et les femmes d’âge moyen répondent de façon similaire à la musculation, tant pour la croissance musculaire que pour l’amélioration de la vascularisation et des cellules qui soutiennent le développement musculaire.

Les revues systématiques et méta-analyses actuelles parviennent à des conclusions similaires, tant chez les sujets plus jeunes [38] que chez les sujets plus âgés [39]. En résumé, ces deux études montrent que les femmes disposent d’un potentiel de développement musculaire comparable à celui des hommes, en particulier si l’on considère l’augmentation en pourcentage de la masse musculaire par rapport à la valeur de départ. Si les hommes plus âgés obtiennent des gains absolus de force et de masse musculaire plus importants, les femmes affichent en revanche des améliorations relatives plus marquées par rapport à leur force initiale. Hommes et femmes atteignent ainsi des adaptations comparables grâce à la musculation, les variations absolues et relatives différant toutefois d’un sexe à l’autre.

Conclusion : vrai ou faux ?

Bien que les hommes et les femmes aient des profils hormonaux de base différents, la recherche montre clairement que les deux sexes profitent de la musculation dans des proportions comparables. Les hommes développent certes davantage de masse musculaire en valeur absolue, mais en termes relatifs, les femmes réalisent des progrès similaires en matière de croissance musculaire et de gains de force. Les processus de développement musculaire sont activés de manière équivalente par l’entraînement chez les deux sexes.

La musculation devrait donc être vivement recommandée à toutes et à tous, et plus particulièrement aux femmes. C’est un moyen efficace de favoriser la santé, la performance physique et la qualité de vie, quel que soit le sexe. L’idée que les hommes tirent davantage profit de la musculation relève donc de la pure fiction.

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Biologiste moléculaire et musculaire. Chercheur à l'ETH Zurich. Athlète de force.


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