Comment le Black Friday est arrivé en Suisse
En coulisse

Comment le Black Friday est arrivé en Suisse

Simon Balissat
25.11.2022
Traduction: Alassane Ndiaye

Depuis des années, vous achetez chez nous lors du Black Friday, sans vous soucier de ce jour historique. Pourtant, le Black Friday est même originaire de Suisse. Une explication historique très imprécise.

Les historiennes et historiens ont récemment découvert de nouvelles sources qui fournissent des indices sur les bouleversements des comportements d’achat. Si les données des anciens écrits pouvaient être confirmées, la réponse à la question « Qui l’a inventé ? » devrait être réécrite. Ce ne sont pas les États-Unis qui ont créé cette journée, mais la Suisse qui est responsable de cette coutume.

Comme l’indique l’inscription, le vendredi 29 du onzième mois de l’année 1315 devait bouleverser les habitudes d’achat dans la jeune Confédération. Un marchand de meubles avare, une menuisière ingénieuse et une servante audacieuse ont été les déclencheurs de la première bataille des réductions de Rappenswil.

Le marchand de meubles avait en effet acheté à distance des meubles aux enchères pour quelques florins, afin de les revendre plus tard à Rappenswil à un prix nettement plus élevé. Cela a mis la menuisière en difficulté, car elle avait déjà acheté du bon bois au bûcheron, qu’elle était sur le point de transformer en tables et en chaises. Que devait-elle faire ?

Un plan intelligent

Quelques jours plus tard, la servante rendit visite à la menuisière. La menuisière se plaignit à la servante qu’elle ne pouvait plus fabriquer de meubles avec ce bois, car le peuple arracherait les marchandises des mains du marchand de meubles rusé et elle ne pourrait plus vendre son bois. La servante, maligne comme elle était, a rapidement trouvé une solution à cette situation embarrassante. Elle devrait proposer les meubles déjà construits à un prix plus bas. Dans un premier temps, cela lui rapporterait moins de florins. Mais cela permettrait de convaincre la clientèle de la qualité de la marchandise. En effet, le marchand de meubles avait probablement acheté des meubles à bas prix. Mais leur fabrication était d’une nature si douteuse que les clients ne tarderaient pas à se présenter devant lui en pestant et en réclamant leur argent pour la marchandise défectueuse. Dans ce cas, la clientèle de la menuisière serait bientôt prête à payer à nouveau le prix fort.

Illustration : Stephan Lütolf
Illustration : Stephan Lütolf

Or, le marchand de meubles a eu vent de ce projet. Un corbeau noir avait entendu les paroles des deux femmes. Le marchand de meubles a dû promettre trois noix au corbeau avant qu’il ne se décide à parler. Et c’est ainsi que le vendredi 29 du onzième mois de l’année 1315, la menuisière proposa ses meubles à un prix inférieur à celui du marchand de meubles qui vendait sa marchandise à distance. Les premiers citoyens de Rappenswil se sont précipités pour acheter des chaises, des tables et des armoires. Mais très vite, on entendit dans les ruelles étroites que c’était probablement le marchand de meubles qui pratiquait des prix encore plus bas. Des messagers furent envoyés dans les villages environnants pour faire part de cette étrange activité. La menuisière a de nouveau sous-estimé le marchand de meubles, qui a encore baissé ses prix de quelques florins.

Aussitôt, la population de tout le bailliage se présenta aux portes de la ville de Rappenswil, s’attendant à des prix bas. C’est ainsi que des tenanciers d’auberges se sont également lancés dans cette folie et ont vendu la bière pour quelques florins. Le paysan proposait des choux et des navets qu’il ne voulait vendre que plus tard au marché, et le tailleur sortait de sa cave les modèles ratés pour les proposer à la clientèle avide d’acheter à prix réduit. Les prix ont baissé et de plus en plus de gens ont arpenté les rues et les ruelles de la ville jusque tard dans la nuit. La bataille des réductions de Rappenswil !

Le lendemain, lorsque les artisans et les commerçants ont regardé leurs caisses, ils se sont aperçus qu’ils avaient certes des florins, mais plus de marchandises à vendre. L’hiver s’annonçait rude, car les florins gagnés ne devaient suffire que quelques lunes pour nourrir les bouches affamées. Toutes les corporations se sont rassemblées sur la place de marché pour exprimer leur désenchantement. Après d’innombrables discours et cris, il a été décidé qu’une telle cupidité ne devait plus jamais se manifester. Ce vendredi allait désormais entrer dans la chronique de la ville sous le nom de « vendredi noir ». Mais pour ne pas s’attirer les foudres des citoyens libres de l’ensemble du bailliage, les corporations étaient prêtes à un compromis : le dernier vendredi du onzième mois exactement, une bataille des prix pourrait avoir lieu. Le reste de l’année, les prix habituels devraient s’appliquer. Cette tradition perdure encore aujourd’hui.

À propos du caricaturiste Stephan Lütolf

Je ne vais pas me lancer dans la bataille des réductions lors du Black Friday. Je n’ai besoin de rien, c’est encore moins cher. Mais en tant qu’historien, j’ai eu le plaisir de peindre enfin un tableau de bataille. PS : pour tous ceux qui viennent de se poser la question : oui, le 29 novembre 1315 était un vendredi. C’est vrai.

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Lorsque j’ai quitté le cocon familial il y a plus de 15 ans, je n’ai pas eu d’autre choix que de me mettre à cuisiner pour moi. Cela dit, il ne m’aura pas fallu longtemps avant que cette nécessité devienne une vertu. Depuis, dégainer la cuillère en boisfait partie intégrante de mon quotidien. Je suis un vrai gastronome et dévore tout, du sandwich sur le pouce au plat digne d’un restaurant étoilé. Seul bémol: je mange beaucoup trop vite. 


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