Marvel Studios / Disney
Point de vue

« Wonder Man » : Marvel fait parfois les choses en douceur, mais qui va regarder ?

Luca Fontana
30/1/2026
Traduction : Marie-Céline Berthou

Avec « Wonder Man », Marvel a voulu faire beaucoup de choses différemment : plus calmement, plus personnellement et plus sincèrement. Résultat, c’est l’une des meilleures séries du studio depuis des années. Et c’est peut-être pour ça que personne ne la verra.

Pas d’inquiétude : la critique qui suit ne contient pas de spoilers. Vous n’en apprendrez pas plus ici que ce que l’on sait déjà et que l’on peut voir dans les bandes-annonces. Tous les épisodes de Wonder Man sont déjà disponibles sur Disney+.

Je n’ai pas accroché à une seule bande-annonce de Wonder Man. Elles étaient toutes passables. Et c’est le mot qui caractérise Marvel ces derniers temps : passable. En plus le timing est parfait : récemment, la série The Studio de Seth Rogen critiquait et encensait savoureusement l’univers hollywoodien. Rien ni personne n’a été épargné, pas Charlize Theron, pas Ron Howard, même pas le réalisateur de génie Martin Scorsese.

Et voilà que Wonder Man débarque avec une idée similaire.

Dans ce contexte, je craignais donc une satire ramollo de la marque Disney. Surtout qu’elle-même a tenté de se justifier en amont en précisant dans une bande-annonce « Une série de super-héros pour tous ceux qui n’en peuvent plus des super-héros ». Pour moi, ça sentait le méta sans risque à plein nez. Qui a envie de ça ? Personne.

Vous ne serez peut-être pas aussi catégoriques que moi. Cela fait bien longtemps que Marvel n’a pas été aussi bon. Je pense que Wonder Man est à la fois l’une des meilleures productions Marvel et aussi l’une des plus sincères… et c’est précisément pour cela que la série aura du mal.

Une autre vision de la même machinerie

La principale différence entre The Studio et Wonder Man réside peut-être dans son point de vue. Dans la satire de Seth Rogen, on voyait Hollywood fonctionner d’en haut où patrons de studio, producteurs et services marketing prennent des décisions qui causent leur propre malheur. Wonder Man, en revanche, choisit une perspective plus calme, vue d’en bas.

Le protagoniste principal, Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II) est un acteur qui cache ses pouvoirs de super-héros et tente de faire son trou à Hollywood depuis des années, en vain. Simon n’échoue pas par manque de talent, mais à cause de sa personnalité : il réfléchit trop, même sur les rôles les plus simples, pose trop de questions, et est perçu comme un acteur difficile. Pour lui, être acteur n’est pas seulement une carrière, c’est sa passion, sa raison de vivre, sa vocation.

Yahya Abdul-Mateen II, dans le rôle de Simon Williams, livre l’une des meilleures performances que le MCU ait jamais vues.
Yahya Abdul-Mateen II, dans le rôle de Simon Williams, livre l’une des meilleures performances que le MCU ait jamais vues.
Source : Marvel Studios / Disney

Un jour, le destin semble enfin lui sourire ! Une opportunité inattendue lui permet de rencontrer le tristement célèbre Trevor Slattery (Ben Kingsley), un vieux de la vieille. Trevor aime à souligner qu’il n’a jamais été un terroriste, juste qu’il en a joué un pour un vrai terroriste. Une relation de mentor à élève s’établit rapidement entre eux et des portes qui semblaient fermées s’ouvrent pour Simon.

Ce qu’il ne sait pas, c’est que cette rencontre n’était pas vraiment due au hasard…

Choisir la proximité plutôt que les punchlines

Wonder Man n’est pas une caricature hilarante d’Hollywood comme The Studio et encore moins un fantasme de super-héros parfaitement intégré dans le MCU. La relation entre Simon et Trevor est au cœur de l’histoire. Leur amitié se développe lentement, à tâtons, sans se cacher derrière l’humour.

On s’attache immédiatement à Simon. Il considère Trevor avec un mélange d’admiration et de candeur enfantine. Trevor, lui, endosse le rôle de mentor paternel, fort de sa connaissance de l’industrie. Il explique, corrige et encourage son protégé. Et c’est justement dans les conversations parfois trop pathétiques que se révèle l’essence de la série : le métier d’acteur n’y est pas romantisé, mais pris au sérieux, comme un métier qui façonne les gens et les use parfois aussi.

Incroyable que Marvel ait soudainement réussi à faire de l’un des personnages les moins appréciés (Trevor dans « Iron Man 3 ») l’un des meilleurs.
Incroyable que Marvel ait soudainement réussi à faire de l’un des personnages les moins appréciés (Trevor dans « Iron Man 3 ») l’un des meilleurs.
Source : Marvel Studios / Disney

La partie émotionnelle est réussie ; à cela s’ajoute la tension entre chaque ligne de dialogue. Les deux personnages portent un secret qu’ils ne veulent pas divulguer. Pour le public, il est clair que cette proximité repose sur des bases fragiles. Quelque chose va finir par basculer, leur confiance sera mise à l’épreuve. Et pourtant, ou peut-être justement à cause de ça, leur amitié semble réelle.

Le fait que Wonder Man se concentre aussi intensément sur cette relation, malgré quelques traits d’humour isolés, est peut-être sa décision la plus courageuse. L’une d’entre elles est particulièrement belle : un réalisateur, sorte de caricature de Martin Scorsese, veut faire d’un film de super-héros Marvel, genre jadis publiquement dénigré par Scorsese, du « vrai » cinéma.

L’ironie est de mise : un ersatz de Scorsese veut faire du « cinéma absolu » avec un film de super-héros, un genre que Scorsese lui-même comparait autrefois aux parcs d’attractions.
L’ironie est de mise : un ersatz de Scorsese veut faire du « cinéma absolu » avec un film de super-héros, un genre que Scorsese lui-même comparait autrefois aux parcs d’attractions.
Source : Marvel Studios / Disney

Pour le reste, la série renonce à blinder chaque scène de punchlines, comme l’a fait The Studio. Elle laisse plutôt une proximité s’installer, car elle estime que cela suffit. Qui aurait cru ça de Marvel ?

Le paradoxe

Le véritable paradoxe de Wonder Man ne réside pas dans la série elle-même, mais dans son environnement. Marvel a réussi sur plein de points : la retenue, l’accent sur les personnages, le refus de transformer chaque observation en gag ou en punchline. Tout ça semble délibéré. C’est précisément pour cela que le ton Wonder Man est si sincère.

J’aime beaucoup la dynamique entre Trevor et Simon, une amitié grandissante construite sur des secrets.
J’aime beaucoup la dynamique entre Trevor et Simon, une amitié grandissante construite sur des secrets.
Source : Marvel Studios / Disney

En même temps, cette série atterrit dans un environnement aux réflexes très différents. The Studio, par exemple, est faite pour Apple TV : la série est tonitruante, car elle raconte une histoire vue d’en haut. Elle peut se permettre d’être impitoyable parce qu’elle tire à boulets rouges depuis les hautes sphères sur ce système absurde qui, d’un côté, se définit par le prestige, la qualité d’auteur et une écriture créative claire, mais qui, de l’autre, est obnubilé par l’argent.

Wonder Man, en revanche, parle de marginaux. Par conséquent, la même quantité d’humour serait perçue comme de la moquerie, comme si on écrasait des gens qui se débattent déjà. Est-ce vraiment compatible avec Disney+, alors que le public Marvel a appris au fil des ans à attendre certaines choses de la plateforme, notamment du rythme, du spectacle et une facilité à s’identifier aux personnages ?

Dans les comics Marvel, Wonder Man est un véritable super-héros, acteur à ses heures perdues. Dans la série, Wonder Man n’est plus qu’un personnage de film, joué par un acteur à deux doigts de l’échec.
Dans les comics Marvel, Wonder Man est un véritable super-héros, acteur à ses heures perdues. Dans la série, Wonder Man n’est plus qu’un personnage de film, joué par un acteur à deux doigts de l’échec.
Source : Marvel Studios / Disney

Et c’est là que ça devient intéressant. Wonder Man décevra ces attentes, car il ne cherche pas à les satisfaire. La série est un peu prise entre le marteau et l’enclume : pour le public habitué à Marvel, elle risque d’être trop tranquille, pas assez explicite. Pour les personnes qui apprécient justement ce calme, elle n’est peut-être pas au bon endroit et passera à la trappe.

Ma crainte n’est donc pas tant que Marvel ait pris une mauvaise décision ici, mais plutôt que l’on puisse tirer les mauvaises conclusions des réactions. Si, malgré les excellentes critiques (en anglais) reçues jusqu’à présent, Wonder Man n’atteint pas les résultats escomptés, cela pourrait facilement être interprété comme une remise en cause du projet, et ce serait la mauvaise conclusion à en tirer.

La patience comme modèle commercial, bonne ou mauvaise idée ?

Ce contraste me fait penser à Andor. Là aussi, Disney+ avait soudainement programmé une série qui s’éloignait radicalement de ce que beaucoup associent à Star Wars, sans structure de conte de fées, peu de nostalgie, peu de fan service. La politique, les mécanismes de pouvoir, le fascisme et la résistance y occupent une grande place. Ce Star Wars adulte et dérangeant s’intéressait davantage aux systèmes qu’aux héros.

  • Point de vue

    "Andor" brise un tabou

    par Luca Fontana

La question des chiffres s’est également posée très tôt pour Andor. Est-ce que la série allait trouver son public ? Est-ce que ces efforts seraient récompensés ? Heureusement, Andor a fait son petit bout de chemin et a bénéficié de nombreuses recommandations au fil du temps. Mais cette deuxième vague de spectateurs n’est pas automatique, la série a dû se faire une place.

J’espère donc que Wonder Man ne sera pas un mauvais baromètre et que l’on ne conclura pas trop vite qu’une série Marvel exigeante et subtile ne peut pas trouver son public. Cette série montre que Marvel peut très bien faire autrement. Et il serait tragique que cette sincérité conduise justement à se raccrocher à ce qui fonctionne à tous les coups.

Ce serait bien que *Wonder Man* trouve son public malgré les préjugés à l’encontre de Marvel.
Ce serait bien que *Wonder Man* trouve son public malgré les préjugés à l’encontre de Marvel.
Source : Marvel Studios / Disney

Andor a en tout cas montré que la patience pouvait être récompensée. Reste à savoir si cela sera aussi le cas ici.

Photo d’en-tête : Marvel Studios / Disney

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J’écris sur la technologie comme si c’était du cinéma – et sur le cinéma comme s’il était réel. Entre bits et blockbusters, je cherche les histoires qui font vibrer, pas seulement celles qui font cliquer. Et oui – il m’arrive d’écouter les musiques de films un peu trop fort. 


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