Une baignade dans un volcan, la chaleur et un conflit qui couve
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Une baignade dans un volcan, la chaleur et un conflit qui couve

Michael Restin
Zurich, le 28.09.2020
Lous et Julen rêvent d’un voyage à vélo le long de l’ancienne route de la soie. Jusqu’où pourront-ils aller ? Personne ne le sait. Nous vous racontons ici leurs aventures. Dans l’est de la Turquie, notre duo se heurte à des frontières invisibles.

Sur la route qui mène à Adıyaman, la fatigue se fait de plus en plus importante. Lous et Julen, qui sillonnent la Turquie à vélo depuis début juillet, s’attaquent aux monts Taurus. Les réserves d’énergie fondent rapidement sous le soleil brûlant et chaque colline devient un défi.

Très fatigant : prendre un selfie en vitesse par 55°C avant que le téléphone ne surchauffe
Très fatigant : prendre un selfie en vitesse par 55°C avant que le téléphone ne surchauffe

Les deux cyclistes découvrent que sur l’asphalte chauffé à 59 degrés, l’eau glacée atteint la température du corps en 17 minutes. Au bout de 32 minutes, vous pourriez avoir du thé. Même les sommets semblent fondre dans cette fournaise. Leurs pentes douces s’alignent les unes derrière les autres, ce qui donne une impression trompeuse de leur altitude réelle.

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Escalader

La soif d’expérience reste plus grande que le désir de se rafraîchir. Lous et Julen se mettent en route à quatre heures du matin pour rejoindre le mont Nemrut, qui culmine à 2150 mètres et dont le sommet est à la fois un sanctuaire, une sépulture et dorénavant aussi un parc national.

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Au-delà de la chaleur ou de l’altitude, un obstacle se dresse encore en travers de leur route : ce ne sont pas les dieux, mais les gardiens du parc qui demandent une petite offrande, à savoir quelques lires turques pour payer l’entrée. Nos deux touristes n’ont pas de liquide sur eux, mais le problème est vite réglé par des moyens modernes via smartphone. Ils peuvent donc aller admirer les statues en pierre millénaires de Zeus, Apollon ou Antiochos.

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 Faire le plein

Après avoir atteint le sommet, il est l’heure de redescendre. Ça fait du bien aussi. Les stations d’essence qui se trouvent sur le chemin sont sans valeur historique, mais constituent une sorte d’oasis moderne. Ici, au milieu de nulle part, on peut trouver tout le nécessaire : boissons fraîches, alimentation et gaz pour le réchaud de camping. « C’est parfait pour passer la nuit », explique Julen. « Elles sont ouvertes 24h/24 et ce sont des endroits sûrs. »

Presque comme un séjour tout compris : une tente à côté de la station-service.
Presque comme un séjour tout compris : une tente à côté de la station-service.

Les deux complices découvrent cette possibilité à Siverek. Ils sont accueillis, on leur donne des chaises et un chien se joint à eux. Lous et Julen peuvent refaire le plein d’énergie. C’est une vie simple et qui fait du bien. Même si tout n’est pas facile dans cette région. Il existe des frontières invisibles. Ils le ressentent vraiment pour la première fois lorsqu’ils arrivent à Diyarbakır.

Faire attention

« Après Diyarbakır, nous avons vu beaucoup de contrôles de police, l’armée et la police y sont stationnées », commente Lous. « Ici, les gens ne s’identifient pas à la Turquie. Nous avons appris quelques mots de kurde, ce qui leur plaît beaucoup. » La population dit : Kurdistan. L’État dit : Turquie. « En tant que Basque, je peux comprendre un peu la situation », dit Julen. Le conflit dans la région couve comme jamais, il n’y a guère que l’opinion publique occidentale qui l’a oublié. « Néanmoins, c’est très paisible ici et nous nous sentons en sécurité », affirment nos deux globe-trotters.

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Gonfler

Les frontières invisibles ne sont pas qu’une affaire de géopolitique, elles concernent aussi les corps et le matériel. Quand le ressort est cassé, on ne s’en aperçoit souvent que devant le fait accompli. « Nous avons eu tellement de pneus à plat, raconte Lous. C’est parfois frustrant, mais ça fait partie du jeu. » La première réparation est survenue au quatrième jour de leur voyage. Des pneus qui se dégonflent à n’en plus finir, des vélos renversés au matin, des vis qui percent les chambres à air – la totale ! Mais ce n’est pas le lot de tout le monde. « Nous avons rencontré un Autrichien qui n’a pas encore eu de panne après avoir roulé 5000 kilomètres. On l’a beaucoup envié ! »

Une image familière : Julen avec les réparations du jour
Une image familière : Julen avec les réparations du jour

Respirer

Qui veut voyager loin ménage sa monture. Les pauses sont donc très importantes pour décompresser, respirer et refaire le plein d’énergie. Piquer une tête dans une eau fraîche et claire est particulièrement tentant par cette chaleur. Sous le pont de Malabadi coule la rivière Batman). Les jeunes montrent avec enthousiasme aux étrangers leurs superpouvoirs aquatiques et prennent la pose avant l’incontournable selfie de l’amitié avec les personnes attroupées sur la rive.

La Batman est un affluent du Tigre...
La Batman est un affluent du Tigre...
...Et les locaux se montrent très accueillants, comme partout ailleurs pendant le voyage.
...Et les locaux se montrent très accueillants, comme partout ailleurs pendant le voyage.

On demande inlassablement à Lous et Julen s’ils se sentent en sécurité et ce qu’ils pensent de la Turquie. « Les gens s’inquiètent de l’impression que les étrangers ont de la Turquie », dit Lous. Pour nos voyageurs, les expériences positives se succèdent. Seuls les chiens se montrent hostiles. La nuit suivante, ils assiègent la tente en aboyant agressivement, alors que Lous et Julen restent immobiles à l’intérieur.

Excitation

Lorsqu’on les interroge sur les temps forts de leur voyage, Lous et Julen ne peuvent que rire. Il n’y a eu que des temps forts. Mais une découverte a particulièrement marqué Julen : le Nemrut. Il ne s’agit pas de la montagne mentionnée plus haut, mais de l’autre Nemrut au bord du lac de Van. « C’est un volcan avec deux lacs dans le cratère », explique Julen. Cette expérience s’est faite au prix de gros efforts. « La montée a été très raide et très venteuse. » Bien que tous les deux ne soient pas très en forme, ils serrent les dents et risquent la sortie de route sous l’effet du vent. « Nous ne nous sentions pas bien, cela faisait déjà une semaine que nous souffrions des suites d’une intoxication à l’eau, mais nous devions y aller », explique Lous. « Le cratère a son propre écosystème. »

Le Nemrut possède l’une des plus grandes caldeiras du monde.
Le Nemrut possède l’une des plus grandes caldeiras du monde.

Fevzi, qui tient un petit magasin au bout du chemin et qui nourrit les ours du coin, est également un personnage hors du commun. « You look tired, very very tired ! » dit-il en accueillant Julen avant de lancer joyeusement à Lous : «And you are big monkey!»

C’est une rencontre étrange et étrangement belle avec cet homme étonnant qui installe une protection contre les ours autour de la tente des voyageurs. Ils invitent Fevzi à partager leur dîner avant qu’il ne les emmène se baigner dans la source chaude du cratère en cette nuit de pleine lune.

Diner avec Fevzi
Diner avec Fevzi

« Je n’ai jamais eu à suivre autant de consignes pour aller me baigner », plaisante Lous. Pied gauche, pied droit. Fevzi leur indique où poser les pieds pour avancer et s’occupe de ses visiteurs jusqu’à ce que Lous et Julen aillent se coucher après avoir bu un thé autour du feu. « De telles expériences sont inoubliables, cet homme était si intéressant et attachant », s’exclame Lous. Un bain dans un volcan, un souvenir pour la vie.

Monkey Business
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Lous et Julen continuent leur périple. Vous découvrirez la suite de leurs aventures au prochain épisode.

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Michael Restin
Michael Restin

Editor, Zurich

Scientifique dans le domaine du sport, père haute performance et télétravailleur au service de Sa Majesté la tortue.

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