Dayan Pfammatter
Point de vue

Numérique contre vinyle : la victoire du son digital

Dayan Pfammatter
1/6/2026
Traduction : Stéphanie Casada

Le vinyle est toujours vivant, peut-être même plus que jamais. Le charme du crépitement et la chaleur du son trouvent leur public. Cet engouement est-il justifié ou bien n’écoutons-nous la musique qu’avec le regard idéalisé de la nostalgie ?

Je fouille dans ma collection et en sors un album presque recouvert de poussière. Je m’attarde sur la pochette réalisée avec soin, puis survole la liste des morceaux. Je sors délicatement le disque, le pose sur le plateau, abaisse l’aiguille… et me laisse porter par la musique.

Depuis longtemps, l’écoute du vinyle dépasse le cadre d’une génération spécifique. Cet engouement ne cesse de grandir, notamment chez les jeunes. Partout dans le pays, les magasins de disques et les brocantes le constatent. Le Tages Anzeiger (article en allemand et réservé aux abonnés) relevait lui aussi que la Gen Z achetait des disques. Les ventes progressent également à l’échelle mondiale : aux États-Unis, en 2025, les ventes de disques vinyle ont dépassé le milliard de dollars (en anglais) pour la première fois depuis 1983.

Les disques se déclinent en une multitude de couleurs et de versions.
Les disques se déclinent en une multitude de couleurs et de versions.

Depuis quelques années déjà, moi aussi, je me laisse emporter par la folie du vinyle. Dans mon salon, une platine vinyle Sony d’entrée de gamme a trouvé sa place et l’étagère compte désormais plus d’une centaine de disques. Une bonne partie d’entre eux vient de la collection de mes parents, mais j’en ai également acheté beaucoup de seconde main, et même certains neufs. Le vinyle, ce n’est pas seulement Electric Light Orchestra, Fleetwood Mac ou Dire Straits. Il séduit aussi les stars d’aujourd’hui comme The Weeknd, Billie Eilish ou encore Dua Lipa.

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Les éditions collector, les coffrets et les disques colorés occupent une place centrale dans le secteur musical. Pour profiter pleinement de la musique de son groupe préféré, il faut absolument l’écouter sur vinyle ; c’est du moins ce qu’on pourrait croire. Peut-on vraiment dire que le vinyle surpasse le numérique en matière d’écoute ?

La question de la qualité sonore

D’un point de vue objectif, les technologies modernes sont depuis longtemps supérieures au vinyle. Le grésillement et le bruissement que les amateurs de vinyle affectionnent tant ne sont, en définitive, que des interférences dans la musique, des impuretés dans le matériau. La qualité sonore d’un disque vinyle dépend directement de son état physique. Et la qualité se dégrade à chaque écoute, sous l’effet d’une manipulation peu soigneuse et de platines bas de gamme ; oui, exactement comme ce disque qui trône dans mon salon.

Avec ce vinyle, vous chercherez en vain une bonne qualité sonore.
Avec ce vinyle, vous chercherez en vain une bonne qualité sonore.

Sans l’équipement adéquat (une cellule de haute qualité, un amplificateur et des enceintes parfaitement réglées dans une pièce à l’acoustique optimisée), même un disque tout juste pressé et en parfait état ne vous sera d’aucune utilité. Pour une telle configuration, les coûts peuvent rapidement atteindre plusieurs dizaines de milliers de francs suisses ou d’euros. Sans parler de l’effort, de l’entretien et du temps que tout cela demande.

Si votre priorité est d’obtenir un maximum de détails et la meilleure qualité sonore possible, il existe désormais une alternative bien plus simple et plus abordable : l’audio numérique.

FLAC vs vinyle : la vérité sur le son

Aujourd’hui, l’audio haute résolution s’est imposé dans presque toutes les offres d’abonnement musical, de Spotify à Apple Music en passant par Tidal. La question de savoir si vous pouvez vivre avec l’implication morale d’un modèle par abonnement relève d’un tout autre débat. Associé aux bons écouteurs Bluetooth, il vous permet d’écouter de la musique jusqu’à 96 kilohertz et 32 bits par échantillon, soit une restitution presque parfaite de l’original ; pour une fraction du prix d’une installation vinyle haut de gamme.

Si vous avez accès à des fichiers FLAC haute résolution, vous pouvez aller encore plus loin en complétant votre installation avec un DAC haut de gamme et un casque filaire. Vous obtiendrez ainsi une qualité sonore que la plupart des gens ne pourront plus distinguer d’un enregistrement en studio.

Grâce aux formats audio numériques, vous profitez de votre musique préférée dans toute sa richesse, à tout moment. Pas de variables, pas de bruits parasites, pas de support sonore qui s’use à chaque écoute. C’est un peu clinique, mais irréprochable.

Pour qui veut posséder physiquement sa musique, le CD offre le meilleur de l’audio numérique et du vinyle, sans leurs défauts.

Tout cela ne concerne que le débat sur la qualité sonore proprement dite. Je ne veux en aucun cas rejeter le plaisir du vinyle en le qualifiant de futilité. Après tout, j’ai moi-même déjà consacré beaucoup de temps et d’argent à ce passe-temps. Mais à quoi bon, sinon pour bénéficier d’une meilleure qualité sonore ?

La musique avec conscience, pas dans l’excès

En bon mélomane, je prends toujours plaisir à écouter mes albums préférés en vinyle, moins pour leur qualité sonore que pour le rituel mentionné au début. Quand je sors de leur pochette Random Access Memories des Daft Punk ou Time d’ELO pour les poser sur la platine dans le salon, c’est une tout autre expérience que d’ouvrir Spotify dans les transports et d’appuyer sur « lecture aléatoire ».

Tout au long de l’album, je m’immerge entièrement dans la musique. Je lis le livret joint, j’observe la pochette ou je me laisse simplement envahir par la musique. Aucune notification, aucun défilement frénétique, rien que la musique et moi. Je me laisse séduire par Kate Bush, David Gilmour, Kim Wilde ou encore Mark Knopfler.

L’embarras du choix : quel disque vais-je écouter aujourd’hui ?
L’embarras du choix : quel disque vais-je écouter aujourd’hui ?

Parmi les éléments les plus appréciés, beaucoup citent aussi un rythme de vie plus lent. Dans un monde où chaque chanson et toute information sont accessibles à tout moment, le disque offre un contraste plein de charme. Une pause entre Microsoft Teams et WhatsApp.

De plus, le vinyle vous permet de posséder votre musique sous une forme physique. Le fait de poser un disque, de se lever à la moitié du morceau pour le retourner est une expérience tactile unique. À la différence d’un abonnement numérique, votre collection de disques vous garantit un accès durable à la musique que vous avez achetée.

Bref, j’adore le vinyle, profondément et sincèrement. Pour l’expérience et la valeur affective, non pour une qualité sonore supérieure. Pour ça, j’ai le son lossless et le Bluetooth LDAC. Quand je veux analyser ma musique, je le fais par voie numérique. Si je veux la vivre, je mets le disque.

Photo d’en-tête : Dayan Pfammatter

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J'ai toujours été fasciné par tout ce qui a des boutons, des écrans et des haut-parleurs. En tant que journaliste spécialisé dans la technologie et la société, je mets de l'ordre dans la jungle du jargon technique et des fiches techniques confuses.


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