L'inventeur du Womanizer : « J'ai rendu des millions de femmes heureuses »
En coulisse

L'inventeur du Womanizer : « J'ai rendu des millions de femmes heureuses »

Collaboration: Natalie Hemengül
Traduction: Anne Chapuis

L'Allemand Michael Lenke a 71 ans et passe beaucoup de temps avec sa femme dans sa maison à Majorque. Retraité cliché ? Bien au contraire. Lenke est un inventeur qui a révolutionné les sex toys pour femmes avec le Womanizer et qui souhaite maintenant offrir des orgasmes aux hommes.

C'est avec le teint bronzé que Michael Lenke apparaît dans la conférence Zoom. On ne lui donnerait pas 71 ans, les inventions semblent le garder jeune. Lui-même dit qu'il ne peut rien faire avec des gens de son âge. Il y a quelques années, il a commencé à produire de la musique techno. Pourtant, l'inventeur du Womanizer ne donne pas l'impression de courir après une jeunesse manquée, mais semble avoir conservé sa curiosité d'enfant, même si cela semble banal... Inventeur né, il crée des tendances. Il reconnaît les besoins des gens avant même les grandes entreprises aux budgets de plusieurs milliards de dollars. Ce que la concurrence prêche depuis quelques années comme un mot à la mode, Michael Lenke l'a fait toute sa vie : il est agile. Inventer, mettre sur le marché et passer au projet suivant. Il est dans la nature des choses que tout ne fonctionne pas toujours comme prévu.

Tu es un inventeur, comment devient-on inventeur ?\
Michael Lenke, inventeur du Womanizer : l'inventivité est un don que l'on reçoit à la naissance et que beaucoup de personnes ont. Mais il faut aussi en faire quelque chose.

Tu as inventé le Womanizer, un sex toy. Quoi d'autre ?
Beaucoup de choses. Mes inventions vont jusqu'à un système d'alerte précoce en cas de tremblement de terre. J'ai aussi inventé des systèmes de culture de plantes, des systèmes permettant de réduire la taille des plantes sans modification génétique. J'ai aussi créé des choses dans le domaine de la technologie médicale, comme une luminothérapie. Elle a même été emmenée en mission Apollo par la NASA. En tant que développeur, mes domaines sont très vastes.

Le Womanizer dans sa version Premium éco.
Le Womanizer dans sa version Premium éco.

As-tu tout fait tout seul ou as-tu eu recours à de nombreux co-inventeurs qui ont apporté leurs connaissances ?
C'est exactement comme ça que je procède. J'étudie le sujet pendant un ou deux ans, puis je fais appel à des spécialistes. Ensuite, je dirige mon orchestre et espère que le morceau sera réussi à la fin.

Le résultat a certainement des fois aussi tourné en cacophonie, non ?
Plusieurs fois. C'est justement le problème. Les gros échecs existent, mais il faut savoir les digérer et se relever. C'est la vie.

Quelles sont les inventions qui n'ont pas du tout eu de succès ?
J'ai développé un système de sécurité routière très compliqué. Cela aurait été sensationnel, sauf qu'il n'existait aucune loi pour normaliser et approuver ce dispositif. Il faut huit ans pour faire passer une telle loi en Allemagne, puis elle doit encore être soumise à l'UE et au Parlement européen. Cela aurait été presque sans fin et, au final, j'ai dû mettre à la poubelle un développement de plus d'un million d'euros.

Tu ne te doutais pas que la politique te mettrait des bâtons dans les roues ?
Non, je n'y avais pas pensé. Même les personnes qui travaillent avec moi, des juristes hautement qualifiés en matière de brevets, etc., ont été choquées que l'État parvienne toujours à empêcher et même à détruire les innovations. La bureaucratie est souvent un gros obstacle dans le développement.

Passons des échecs aux réussites : quelle invention te rend particulièrement fier ?
Le Womanizer. Et ce pour une bonne raison : aujourd'hui, je peux vraiment dire avec fierté que j'ai rendu des millions de femmes heureuses.

Le score de Casanova ne s'élève qu'à quelques milliers.
(rires) Oui, cela me rend fier et heureux, car je reçois également des réactions de femmes du monde entier qui me disent qu'elles avaient des difficultés à atteindre l'orgasme et que le Womanizer a résolu ce problème. C'est agréable à entendre. L'important pour moi n'est pas l'argent, mais aider les gens. Cela a changé beaucoup de choses.

Un inventeur bricole tranquillement dans son coin jusqu'à ce que son invention soit prête à être commercialisée. Mais un sex toy pour femmes doit être testé. Comment concilier ces aspects ?
Je peux passer de l'introversion à l'extroversion. J'observe le marché et j'observe l'environnement. Pour le Womanizer, j'ai mis la main sur une étude américaine montrant que plus de 50 % des femmes ont des difficultés à atteindre l'orgasme. Jusqu'à présent, personne ne s'y est vraiment intéressé. Cela a simplement été accepté comme un fait. Je me suis alors dit qu'il fallait absolument que cela change, et je me suis penchée sur le sujet, j'ai parlé à de nombreux gynécologues et j'ai cherché des liens. Pourquoi est-ce que la situation est comme elle est ? Ensuite, j'ai commencé avec le développement.

Combien de recherches as-tu investies dans le Womanzier ?
Au moins un an.

Et quelles conclusions as-tu alors tirées ? Comment fonctionne le Womanizer ?
Avec un vide, un peu comme une onde de choque combinée à des pulsations. De cette façon, la stimulation du clitoris se fait sans contact. Je savais que je devais me concentrer sur le clitoris. Après tout, des milliers de terminaisons nerveuses y convergent. Dans certains cas, suite à une prise de médicaments ou des thérapies contre le cancer, des femmes ne sentaient presque plus rien. Et même là, le Womanizer a fonctionné.

Combien de temps a-t-il fallu pour passer du prototype au produit final ?
Cela a duré plus d'un an. Ma femme a dû jouer le cobaye. Ce n'était pas toujours agréable pour elle. À un moment donné, elle a même déclaré : « arrête avec ça et trouve d'autres inventions à développer ! » Elle pensait que ça ne marcherait jamais. Lorsqu'une invention est prête, tout semble toujours facile, mais le chemin qui y mène est semé d'embûches. J'ai tout de même poursuivi le développement. À un moment donné, elle m'a dit : « Oh ! Je pense que maintenant, tu as réussi ! » Après cela, elle était persuadée que le Womanizer serait un succès. Elle a déclaré que si l'appareil stimulait d'autres femmes aussi intensément, alors il deviendrait même un succès mondial !

Le prototype du Womanizer
Le prototype du Womanizer

Et ensuite tu as fait participer d'autres femmes ?
Nous avons réalisé une véritable étude auprès de 60 femmes âgées de 18 à 60 ans. Il s'agissait d'examens purement gynécologiques, auxquels j'étais également présent. Cela semble un peu étrange maintenant, mais je devais pouvoir compter à cent pour cent sur le fait qu'aucune expertise de complaisance ne soit faite. Je devais en avoir le cœur net. C'était primordial. Cette étude a été à l'origine du grand succès, car nous pouvions dire : « Nous garantissons un orgasme chez plus de 90 % des femmes. »

Si ça a marché pour 90 %, pourquoi ça n'a pas marché pour les dix pour cent restants ?
Pour ces femmes, il s'agissait principalement d'une pathologie psychique. Nous n'avons tout simplement pas pu surmonter cet obstacle. Si une personne ne peut pas s'adonner à la stimulation et à l'orgasme, c'est assez difficile. Aujourd'hui, selon les dernières enquêtes, nous sommes à 93 % de satisfaction, ce qui est sensationnel.

Existe-t-il des astuces qui t'aident à rester sur un projet et à ne pas abandonner ?
Je fais de la peinture moderne, de la sculpture, je travaille sur des projets artistiques, cela me distrait et aide à me vider la tête. Ensuite je peux me remettre au travail.

Tu as aussi développé un sex toy pour les hommes, que j'ai pu tester. Jusqu'à présent, je l'ai essayé trois fois, mais je dois dire que le succès n'était pas au rendez-vous. Tenir ce truc à deux rouleaux contre mon pénis... ce n'est pas comparable à la réalité. Avais-tu le même objectif qu'avec le Womanizer ?
Non. Chez les hommes, 90 % n'ont aucun problème pour atteindre l'orgasme. Contrairement au Womanizer, je n'ai pas développé ce jouet pour aider les hommes à atteindre l'orgasme, mais pour les aider à découvrir un nouveau monde de sensations et à s'amuser tout simplement. L'« Orctan » est un jouet pour s'amuser, découvrir un nouvel univers de sensations et tout simplement se détendre.

Lequel a été plus compliqué à développer ?
Le produit pour les femmes.

Dans le produit pour hommes, je suppose que tu as dû penser aux différentes tailles et formes, non ?
C'était en effet le problème technologique qu'il m'a fallu résoudre. À côté de cela, l'appareil doit aussi être silencieux. Il y a tellement d'appareils sur le marché qui sont inutilisables parce qu'ils sont trop bruyants. Je ne pourrais pas du tout jouer avec un tel appareil. C'était un vrai défi. Dans l'Orctan, nous avons utilisé des moteurs pas à pas de pointe normalement utilisés en robotique. Ce sont des constructions très coûteuses. Par conséquent, l'appareil est silencieux, tout en étant puissant.

 L'Orctan, le sex toy pour homme
L'Orctan, le sex toy pour homme

Tu as pu le tester toi-même ...
Malheureusement, j'étais le cobaye, oui (rires).

Tu as assemblé l'Orctan dans la cave, ou comment doit-on s'imaginer la scène ?
Je construis moi-même les prototypes, j'ai acquis les connaissances techniques au cours de ma formation et je dispose donc du savoir-faire nécessaire pour construire des prototypes. Mais les prototypes sont des dispositifs très rudimentaires et il n'est pas vraiment amusant de jouer avec de tels engins.

Depuis quand le sex toy pour homme existe-t-il sur le marché ?
Depuis le printemps. Du moins en Suisse, car c'est le pays numéro un en Europe pour les sex toys. Ensuite arrive le marché européen, suivi du marché américain.

Pourquoi la Suisse est-elle si en avance en matière de sex toys ?
La Suisse se porte bien sur le plan financier. En Suisse, nous avons vendu le plus grand nombre de Womanizer par habitant, de sorte qu'une femme sur quatre cents a un Womanizer. C'est un record mondial.

Tu as vendu la société Womanizer. Tu n'aurais plus à travailler. Tu vis à Majorque, tu as 71 ans, qu'est-ce qui te pousse encore à travailler ? Un besoin intérieur d'inventer de nouvelles choses ?
Si tel était mon objectif, je n'aurais plus à travailler depuis l'âge de 26 ans. Je suis totalement indépendant financièrement depuis cette époque. L'argent n'était pas la force motrice à mes yeux, mais simplement cette curiosité de toujours faire quelque chose de nouveau. Sinon, je me serais déjà reposé sur mes lauriers à 26 ans.

On dirait bien un job de rêve. Mais il doit certainement y avoir quelque chose que vous n'aimez pas dans votre travail, non ?
Les gens qui ne font que copier m'énervent. En plus ils le font sans gêne. Cette colère est si grande aujourd'hui. Ni les brevets ni les droits de propriété ne sont respectés. Tous se disent : « Tant pis, poursuivez-moi en justice ! Après je ferais faillite, après tout, j'ai déjà gagné mon argent. » Cette attitude se retrouve chez beaucoup de gens et m'agace.

Est-ce que ça a toujours été comme ça ?
Oui, toujours. Trois à six mois passent avant que les premiers imitateurs arrivent.

Mais vous avez sûrement appris de ces erreurs ? Je suppose qu'à 26 ans c'était autrement, non ?
Oui, j'étais très naïf à l'époque. Puis un avocat spécialisé dans les brevets, un homme plus âgé, m'a pris par la main. Je crois qu'il appréciait mon caractère avec toutes mes inventions. Il m'a ensuite briefé et tout est devenu de mieux en mieux. Aujourd'hui, je suis représenté par les meilleurs avocats en brevets. Bien sûr, ils gagnent aussi beaucoup d'argent. Rien qu'avec le Womanizer, nous avons dépensé plusieurs millions en litiges. C'est de l'argent brûlé qui est tout simplement perdu. J'aurais préféré l'investir dans des développements ultérieurs.

Combien de brevets se cachent derrière un produit ?
Cela représente des centaines de brevets avec tous les droits de propriété.

Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui veulent devenir inventeurs ?
Je conseille les jeunes qui veulent devenir inventeurs et je les conseille gratuitement. J'aime aider les gens, j'ai moi-même dû faire face à de nombreux problèmes. La première chose que je leur dis est toujours : n'en parlez à personne. C'est la règle d'or. La deuxième règle est la recherche. Aujourd'hui, je peux dans presque tous les offices de brevets, consulter ce qui existe déjà. C'est du travail, mais il est très payant. Si votre invention n'est pas encore brevetée, vous devez immédiatement demander un droit de protection. En bref : dans la mesure du possible, veillez à ce que votre invention ne soit pas volée. Les entreprises sont sans scrupules. Lorsque je leur montre quelque chose, dans la même minute, ils se demandent comment ils pourraient y parvenir seuls, sans moi en tant qu'inventeur. Par conséquent, ne vous adressez jamais aux grandes entreprises. Ils ne reculent devant rien pour vous doubler.

Est-ce la raison pour laquelle tu crées toujours les entreprises toi-même ?
Exactement. En plus j'ai la chance d'avoir le capital pour le faire. Ce n'est pas le cas des jeunes inventeurs. J'ai également déjà discuté avec des investisseurs pour savoir si nous pouvions accueillir de jeunes inventeurs. Tant de grandes inventions sont perdues simplement parce que les gens sont trompés et volés. J'imagine quelque chose comme une « réserve » d'inventeurs que nous protégeons et finançons. On a besoin de personnes créatives en ce moment. Surtout au niveau de l'environnement et du changement climatique. Il y a là beaucoup de potentiel.

Quel est ton prochain projet ?
Il est clair que je ne vais pas en parler (rires), mais surtout après Corona, il faut des inventions qui facilitent la situation. Pas des technologies médicales, mais des choses pour veiller à la santé mentale. Les maladies augmentent de manière disproportionnée. Surtout chez les enfants et les jeunes. Il est urgent de faire quelque chose à ce sujet.

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Lorsque j’ai quitté le cocon familial il y a plus de 15 ans, je n’ai pas eu d’autre choix que de me mettre à cuisiner pour moi. Cela dit, il ne m’aura pas fallu longtemps avant que cette nécessité devienne une vertu. Depuis, dégainer la cuillère en bois fait partie intégrante de mon quotidien. Je suis un vrai gastronome et dévore tout, du sandwich sur le pouce au plat digne d’un restaurant étoilé. Seul bémol: je mange beaucoup trop vite. 


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