Harcèlement sexuel chez Barbie
Nouveautés + tendancesJouets

Harcèlement sexuel chez Barbie

Ramon Schneider
Zurich, le 24.03.2021
En novembre 2020, un rapport de Solidar Suisse sur le harcèlement sexuel dans les usines chinoises de Barbie a fait grand bruit. Mattel a-t-elle pris des mesures à ce sujet depuis ?

Derrière Barbie se cache le deuxième plus grand fabricant de jouets du monde, Mattel, une entreprise américaine confrontée au harcèlement sexuel dans ses usines depuis plusieurs années. Dès 2004, deux usines au Mexique ont attiré l'attention à ce sujet. Il y a deux ans, à la suite d'une enquête de plusieurs semaines menée par Solidar Suisse, il est apparu qu'une usine de Barbie à Foshan, en Chine, non seulement violait le droit du travail, mais présentait également des cas de harcèlement sexuel. Mattel n'a pas voulu faire de commentaire pour le moment et n'a annoncé aucune mesure.

Le rapport de novembre 2020 a révélé d'autres cas dans une usine de Dongguan : commentaires inappropriés sur l'apparence physique, remarques à connotation sexuelle, attouchements et diffusion de photos dégradantes. Souvent, les femmes ne vont pas se plaindre auprès de leurs supérieurs par peur de perdre leur emploi.

Par exemple, une étudiante de 19 ans avait du mal à supporter les invitations d'un collègue plus âgé à s’asseoir sur ses genoux. Il l'appelait « chérie » pour l'exciter. Bien que cela se soit produit devant d'autres travailleurs, personne n'est intervenu. L'homme a également été vu en train d'essayer de caresser d'autres femmes et de leur demander s'il pouvait passer la nuit avec elles. Il existe d'autres preuves de ce harcèlement sexuel sous forme d'extraits d'un groupe WeChat de l'atelier. Il devait servir à discuter les objectifs et les calendriers de production, mais les gens y demandent des services sexuels ou partagent des photos de femmes nues.

La réaction de Mattel ?

Un jour seulement après la publication du rapport, Mattel publiait, selon Solidar Suisse, une déclaration indiquant qu'elle ne tolère plus aucune forme de harcèlement et s'engage à traiter les employés de manière équitable et respectueuse.

« Nous suivons un Code de Conduite strict. Sur nos sites de production en Chine, nous organisons des formations contre le harcèlement, formons nos collaborateurs au processus de signalement de problèmes sur le lieu de travail, et disposons également d’un service d’assistance téléphonique permettant à nos collaborateurs de signaler de façon anonyme tout harcèlement, ou autres réclamations. »

Mattel a en outre annoncé qu'elle prenait ces allégations très au sérieux et qu'elle allait lancer une enquête approfondie, dont les résultats devraient être disponibles d'ici la fin du mois de février 2021. Bien que Solidar Suisse ait accueilli favorablement l'annonce d'une enquête de Mattel, les inquiétudes étaient loin d'être dissipées. Solidar Suisse écrit : « Il convient toutefois de considérer ces promesses avec précaution, car les entreprises fixent souvent des exigences si basses pour leurs enquêtes qu'elles ne permettent que de sauver les apparences. Les améliorations réelles ne nécessitent cependant pas tant une déclaration bien formulée que des engagements clairs et des mesures transparentes. »

Quelles sont les réelles mesures prises par Mattel ?

Selon une source de Solidar Suisse dans une usine chinoise, aucune formation sur le harcèlement sexuel n'a jamais été dispensée et le service d’assistance téléphonique promis n'est pas anonyme, ce qui le rend inefficace. Début mars, Solidar Suisse contactait Mattel pour connaître les résultats de son enquête et les mesures prises. Selon Solidar Suisse, la réponse s'est avérée insuffisante. Mattel n'a pas voulu divulguer les détails de l'enquête et n'a fourni aucune preuve de l'adoption de nouvelles mesures de lutte contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Mattel a simplement assuré une amélioration continue.

Mais Solidar Suisse ne s'en tient pas là en continant à faire pression sur Mattel jusqu'à ce que des améliorations concrètes soient constatées. Solidar Suisse demande une tolérance zéro envers le harcèlement sexuel et une enquête sérieuse sur ces incidents.

Cet article plaît à 26 personne(s)


Ramon Schneider
Ramon Schneider
Junior Editor, Zurich
Je profite de ma liberté sur ma moto, réveille mon instinct de chasseur à la pêche et laisse libre cours à mon imagination derrière la caméra. Je suis payé pour faire tout et n’importe quoi avec des jouets du soir au matin.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser