Shutterstock
En coulisse

Économie circulaire et réduction des déchets : que cache le recyclage du plastique ?

Coya Vallejo Hägi
12/1/2026
Traduction : Sophie Boissonneau

Seuls 9 % des déchets plastiques sont recyclés en Suisse, mais cela devrait évoluer avec l’économie circulaire. Cependant, le design des produits, le manque de coordination dans la collecte et le coût de la matière vierge freinent le recyclage du plastique.

L’économie circulaire vise à éviter ou retarder le plus possible l’étape ultime, à savoir l’incinération des déchets. En utilisant les matières premières et les produits plus longtemps, nous soulageons l’environnement.

En Suisse, cela fonctionne déjà très bien pour certains matériaux. Ainsi, le verre, le papier usagé, les canettes ou boîtes en aluminium et les bouteilles en PET ont des taux de retour compris entre 81 et 95 %. Pour le reste du plastique, l’herbe n’est pas si verte puisqu’à peine 9 % des déchets plastiques suisses finissent leur course dans une installation de recyclage. [85 % (83 % dans les incinérateurs, 2 % dans les usines de ciment) sont brûlés, ou « valorisés thermiquement ». 6 % sont réutilisés. Comment peut-on expliquer ces chiffres ?

En Suisse, plus de 80 % des bouteilles en PET sont collectées et recyclées, notamment grâce à des infrastructures de collectes visibles et accessibles presque partout, comme celle-ci.
En Suisse, plus de 80 % des bouteilles en PET sont collectées et recyclées, notamment grâce à des infrastructures de collectes visibles et accessibles presque partout, comme celle-ci.
Source : Shutterstock

Trop de plastiques, manque de clarté

Le design des produits représente une grande partie du problème. « Pour les bouteilles de boissons en PET, la transformation de vieilles bouteilles en nouvelles bouteilles fonctionne très bien depuis de nombreuses années », déclare Rahel Ostgen de SwissRecycle, un centre de compétence privé basé à Zurich. « Pour les emballages plus complexes, le recyclage est actuellement difficile, car ils sont composés de nombreux plastiques différents. » Actuellement, en Suisse, ce sont surtout les emballages en plastique qui sont recyclés. Il n’existe que très peu de systèmes de recyclage pour les autres types de produits.

Si vous jetez un œil sous votre bouteille de shampoing ou d’huile d’olive, vous repèrerez sûrement le type de plastique, on en compte actuellement sept identifiés par un chiffre entouré d’un triangle : PET, HDPE, PVC, LDPE, PP, PS, etc. On estime toutefois qu’il existe des dizaines de milliers de formulations de polymères.

Cet emballage porte l’indication « PP ». Cela n’est cependant pas pertinent au quotidien, car en Suisse, la plupart des plastiques à l’exception du PET ne sont pas recyclés.
Cet emballage porte l’indication « PP ». Cela n’est cependant pas pertinent au quotidien, car en Suisse, la plupart des plastiques à l’exception du PET ne sont pas recyclés.
Source : Martin Jungfer

D’autres facteurs réduisent le taux de recyclage : « Les matériaux composites et les additifs tels que ceux pour assouplir, les colorants ou les stabilisants UV compliquent le recyclage des plastiques », déclare Odile Inauen, directrice de RecyPac, l’organisation professionnelle suisse pour la mise en œuvre de l’économie circulaire des emballages en plastique et des cartons à boissons.

Le manque de clarté des options de collecte ne facilite pas non plus la tâche pour les consommateurs et consommatrices. En Suisse, chaque commune pouvait jusqu’à présent décider elle-même de l’organisation de la collecte des emballages en plastique et des cartons à boissons, dit Odile Inauen. « Cela a conduit à un patchwork de solutions différentes selon les régions. »

C’est exactement là que RecyPac intervient : l’organisation sectorielle est chargée d’établir un système de collecte et de recyclage à l’échelle nationale pour les emballages en plastique et les cartons à boissons. L’objectif de l’organisation est de développer l’économie circulaire et de porter le recyclage des emballages en plastique à 55 % et le recyclage des cartons à boisson à 70 %. Depuis début 2025, elle vend le RecyBag, un sac qui permet de collecter facilement ces matériaux recyclables.

Les plastiques d’emballage sont identifiés par ce que l’on appelle le code d’identification des résines allant de 1 à 7. Le numéro 2 désigne par exemple le polyéthylène haute densité (HDPE).
Les plastiques d’emballage sont identifiés par ce que l’on appelle le code d’identification des résines allant de 1 à 7. Le numéro 2 désigne par exemple le polyéthylène haute densité (HDPE).
Source : Coya Vallejo

Le recyclage commence dès la conception

Les fabricants jouent également un rôle primordial dans le recyclage du plastique. La clé se trouve dans l’approche « design for recycling ». « Les produits doivent être conçus dès le départ de manière à pouvoir être recyclés », dit Rahel Ostgen. Cette approche implique de fabriquer des produits à partir de plastique aussi pur que possible et de ne pas assembler différents polymères lorsque ce n’est pas nécessaire.

Cela vaut également pour les produits composés avec d’autres matériaux. « Si le recyclage est pris en compte dès la conception d’un produit, cela favorise grandement l’économie circulaire pour tous les matériaux », confirme Odile Inauen.

Enfin, l’utilisation de matériaux déjà recyclés, dont le plastique, dans la fabrication est encore plus bénéfique pour l’économie circulaire. Rahel Ostgen met les choses au clair :

Plus on utilise de matières premières secondaires, moins on a besoin de matériaux primaires.

On économise ainsi des ressources et des émissions de CO₂.

La demande est là, mais la réalité ne suit pas

L’industrie tente de s’adapter. « La tendance à l’utilisation de recyclat chez nos membres s’est renforcée au cours des dernières années », déclare Patrick Semadeni de Kunststoff.swiss, l’association professionnelle de l’industrie suisse des matières plastiques.

L’association compte par exemple le groupe Bachmann, qui a mis en service une installation d’extrusion de PET en Suisse en avril 2025, dans ses membres. « Ainsi, l’entreprise produit elle-même des films pour ses emballages à partir de bouteilles de boissons usagées et d’emballages alimentaires. » Un cycle fermé se développe ainsi.

Mais tout n’est pas rose. « Les prix élevés de l’énergie et le manque de main-d’œuvre qualifiée augmentent le coût du recyclage des plastiques », explique Patrick Semadeni. « Il est donc difficile de rivaliser avec des matériaux neufs bon marché venus d’Asie, où l’énergie est moins chère et l’industrie est souvent subventionnée.» De plus, la qualité du recyclat doit s’améliorer, ce n’est qu’ainsi que davantage d’applications dans l’industrie seront possibles.

Greenpeace mise sur les produits réutilisables

Les organisations environnementales sont plus critiques vis-à-vis du cycle du plastique. « L’idée que nous pouvons résoudre la crise du plastique par le recyclage est un mensonge propagé par les grandes compagnies pétrolières », déclare Michelle Sandmeier de Greenpeace Suisse. Elle s’inquiète que les ressources soient dirigées vers des systèmes de recyclage plutôt que vers des solutions plus durables.

« Greenpeace appelle l’association RecyPac à mettre en place un système de consigne standardisé à l’échelle nationale, plutôt que de dépenser de l’argent et des efforts pour établir un système de recyclage dont l’impact restera limité. » Michelle Sandmeier doute également de la qualité des matériaux recyclés : « Les emballages plastiques qui finissent au recyclage ne redeviennent généralement pas de nouveaux emballages, mais des produits en plastique plus grossier », explique-t-elle.

Décyclage : le pot de yaourt devient palette. Si celle-ci reste longtemps en circulation, c’est écologique.
Décyclage : le pot de yaourt devient palette. Si celle-ci reste longtemps en circulation, c’est écologique.
Source : Shutterstock

Décyclage : le cycle n’est pas infini

On parle alors de décyclage ou downcycling en anglais. Lors du processus de recyclage, certains plastiques perdent en qualité, c’est pourquoi ils ne peuvent être transformés qu’en produits pour des applications moins exigeantes. Avec un pot de yaourt, on fabrique par exemple des palettes ou des seaux. Un tube de dentifrice peut donner naissance à des gaines de protection pour câbles.

« Le décyclage ne doit pas être perçu négativement », déclare Rahel Ostgen de SwissRecycle. Odile Inauen de RecyPac confirme : « Il est également important de savoir combien de temps et à quelle fréquence un produit recyclé est utilisé. » Ainsi, avec des caisses issues du décyclage, on peut par exemple économiser des matériaux d’emballage jetables. Écologiquement, cela a du sens.

Il arrive toutefois un moment où le cycle des matériaux atteint ses limites. Les deux expertes en recyclage le confirment dans notre entretien. Autrement dit, le plastique finit inéluctablement dans un incinérateur.

Réduire notre consommation reste primordial

Même si un système de collecte plus uniforme et une conception plus maline contribuent grandement à améliorer le cycle du plastique, ce n’est probablement pas l’arme miracle contre la pollution plastique.

Pour Greenpeace, une réduction drastique est inévitable. L’ONG appelle à une réduction de 75 % de la production mondiale de plastique d’ici 2040. Actuellement, plus de 400 millions de tonnes de plastique sont mises sur le marché chaque année et ce chiffre pourrait augmenter.

Rahel Ostgen encourage aussi une réduction : « Le recyclage est un élément central d’une économie circulaire durable, mais il n’est efficace que s’il est associé à d’autres mesures. »

Photo d’en-tête : Shutterstock

Cet article plaît à 41 personne(s)


User Avatar
User Avatar

« Je veux tout ! Je veux des bas terrifiants, des hauts enivrants, des milieux bien moelleux ! » Ces mots d’un personnage culte de la télévision américaine reflètent pleinement ma philosophie de vie, à la maison comme au travail. Autrement dit, je trouve du charme à chaque histoire, de la plus insignifiante à la plus invraisemblable. 


Durabilité
Suivez les thèmes et restez informé dans les domaines qui vous intéressent.

Habitat
Suivez les thèmes et restez informé dans les domaines qui vous intéressent.

En coulisse

Des informations intéressantes sur le monde des produits, un aperçu des coulisses des fabricants et des portraits de personnalités intéressantes.

Tout afficher

Ces articles pourraient aussi vous intéresser

  • En coulisse

    Planches à découper : bois ou plastique, telle est la question

    par Martin Rupf

  • En coulisse

    La pacotille chinoise est-elle vraiment partout ?

    par Martin Jungfer

  • En coulisse

    Quand armoire rime avec dépotoir

    par Patrick Bardelli

18 commentaires

Avatar
later