Point de vue

Cyclistes électriques : insolents et trop paresseux pour pédaler ?

Traduction: David Berthold

Les vététistes sont insolents, les e-bikers paresseux. Les e-vététistes sont donc les deux. Minute, papillon : il serait temps de balayer ces clichés.

Arrêtez ! Avant que vous ne commenciez à fracasser les touches et à me massacrer dans les commentaires, laissez-moi vous expliquer, ou du moins essayer. Tout est, d’une certaine façon, subjectif : l’être humain et son attitude dans le trafic, c’est-à-dire la circulation dans les rues, les sentiers et sur les trottoirs en particulier. Tout est une question de perspective ou de changement de cette dernière.

Idiocratie ?

Pour mieux comprendre, commençons par un peu de psychologie de comptoir, une brève analyse de ma personnalité : je rêverais d’être philanthrope ou humaniste, mais j’ai malheureusement plutôt tendance à adopter une attitude misanthrope. Non pas que je déteste ou méprise les gens en général, mais j’éprouve de grandes difficultés à éprouver une affection sans limites pour mon espèce. Pourquoi donc ? Je ne sais pas vraiment, peut-être que je ne m’aime pas assez pour porter toutes les autres personnes dans mon cœur. Il se peut aussi que certains de mes pairs soient juste des idiots.

J’ai récemment lu cette magnifique phrase : « Le cynisme est le préservatif du romantique ». Je ne peux pas décrire mon état d’esprit mieux que ça. Où se trouve le rapport avec l’e-bike ? J’y arrive.

Ça joue les gars ?
Ça joue les gars ?

À contre-courant

Je dois toujours aller à contre-courant. C’est un peu obsessionnel chez moi, depuis toujours. Ce trait de personnalité se manifeste par des choses très banales : tout le monde veut absolument voir le dernier film à la mode ? Alors je ne veux pas le voir. Si tout le monde (les idiots) le trouvent bon, il doit être trop conventionnel et donc ne peut pas être bon. Aucun débat possible. Je me souviens encore très bien de Fight Club de David Fincher. En 1999, mon cercle local de connaissances était unanime pour dire : « Tu dois voir ce film, c’est un chef-d'œuvre ». J’ai ensuite regardé le film avec Edward Norton et Brad Pitt pour la première fois après deux ans de patience. Un brillant chef-d’œuvre à voir absolument. Et tout comme Fight Club, l’engouement « e-bike » a été le même jusqu’à présent.

Loué soit Bosch et son courant

Tout à coup, le monde ne jure plus que par le vélo électrique ? Alors c’est pas bien, je n’en veux pas, c’est grand public et donc stupide. Aucun débat possible. Voilà mon attitude face au vélo à assistance électrique jusqu’à présent. Même si je ne me déplaçais pas à vélo au cours des dernières années, je croyais dur comme fer à mes principes. Après tout, ils sont là pour qu'on ne s'en écarte pas.

Depuis que je pédale sur mon gravelbike sans aucune puissance supplémentaire, mon aversion pour tous les e-bikers s’est intensifiée. Un vélo constitue pour moi un équipement sportif sur lequel j’ai envie de m’élancer et d’atteindre mes limites. Après tout, je n’utilise pas d’haltères électriques pour le développé couché afin de soulever 200 kilos avec une assistance électrique. On est d'accord. Néanmoins, j’éprouve parfois de la frustration quand j’ai du mal à monter une pente de 10 % sur des routes de gravier et que je suis constamment dépassé par des messieurs âgés bedonnants. C’est très mauvais pour mon ego. De plus, c’est toujours étrange quand ils grimpent la colline à 20 km/h, en pédalant au ralenti. Ça ne tient pas debout. Aucun débat possible.

En plus des messieurs âgés bedonnants, le nombre de blessés graves a également augmenté à la suite d’accidents impliquant des vélos électriques. L’e-biker moyen a environ dix ans de plus que le cycliste non motorisé, mais il porte un casque plus souvent que la moyenne. Cependant, cette protection semble ne servir à rien la plupart du temps. Pourquoi ? L’hypothèse semble logique : rouler trop vite, mal évaluer la vitesse, ne pas connaître les points de freinage, ne pas avoir l’expérience des technologies plus complexes, avoir un équipement trop lourd. Nous pouvons également mentionner une infrastructure obsolète : nous roulons avec les technologies du XXIe siècle sur des infrastructures qui ont été planifiées et partiellement construites au milieu du XXe siècle. À cause de ces changements, nous pouvons atteindre des endroits à vélo que nous n’atteindrions jamais sans l’aide de l’électricité. Les randonneurs en montagne peuvent vous dire une chose ou deux à ce sujet...

Petit moteur, grand effet.
Petit moteur, grand effet.

Un de mes amis, qui pratique le VTT depuis 30 ans, est récemment passé à la bicyclette électrique. Depuis lors, nous avons eu des discussions animées, voire enflammées, sur le sujet et cet été, nous avons décidé de passer une semaine de vacances ensemble, une « sortie électrique » à travers la Basse-Engadine. Et ce qui ressemble à une petite ascension tranquille dans la vidéo serait une véritable torture sans moteur.

Faire amende honorable

Notre sortie nous a conduits de Scuol à Prui en passant par Ftan. De là, on continue vers Alp Laret et finalement, après un détour dans une vallée latérale, on revient à Scuol via Ftan. J’avais parcouru une partie de l’itinéraire quelques jours plus tôt sur un gravelbike. Après 90 minutes, je suis arrivé épuisé à Ftan. Avec l’assistance électrique, nous avons terminé cette section en 30 minutes et avec le sourire aux lèvres. Nous avons dépassé des randonneurs désemparés qui ont probablement chanté une chanson à ce sujet devant la cheminée le soir.

De nombreux chemins mènent au paradis du vélo électrique : 30 kilomètres, 1 200 mètres de dénivelé et 3 heures de conduite à travers les montagnes de l’Engadine.
De nombreux chemins mènent au paradis du vélo électrique : 30 kilomètres, 1 200 mètres de dénivelé et 3 heures de conduite à travers les montagnes de l’Engadine.

La différence que peuvent créer quelques watts ou même un changement de perspective. De retour à Bâle, j’ai immédiatement loué un VTT électrique pour le week-end suivant. Il y a deux ou trois sections sur mon « circuit personnel » où je me sens un peu perdu avec mon gravelbike. Trop raide, trop de trails. Ce fut une journée inoubliable avec beaucoup de soleil, de sueur et quelques larmes de joie. J’ai compris que l’on pouvait pratiquer le VTT sans risquer le coma. Il n’y a aucun mal à s’amuser, à remarquer consciemment l’incroyable beauté de la nature plutôt que de grimper la montagne en haletant, au bord de l’évanouissement. Il n’y a pas de mal à profiter de la vie sur une bicyclette électrique de temps en temps, en montant les pentes en sifflant avec sa bidoche dans le vent.

Note personnelle : toujours accepter de changer de perspective. Les principes sont bons, pas l’entêtement. Et « mainstream » ne signifie pas forcément « nul ». Il y a parfois une bonne raison pour laquelle beaucoup de personnes font la même chose ou regardent les mêmes films au cinéma. Ils ne sont pas tous des idiots.

Au bout du compte, ce sera 65 kilomètres, 1 500 mètres de dénivelé et une importante prise de conscience.
Au bout du compte, ce sera 65 kilomètres, 1 500 mètres de dénivelé et une importante prise de conscience.
Que fait cet homme bizarre sur cet étrange véhicule, semble se demander le chien.
Que fait cet homme bizarre sur cet étrange véhicule, semble se demander le chien.

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