
En coulisse
Soudain, grâce à Time Timer, votre enfant se met à gérer son temps
par Patrick Vogt

Être tout le temps en retard n’est agréable pour personne, mais cela ne fait pas forcément de vous quelqu’un de paresseux ou sur qui on ne peut pas compter. Peut-être que vous percevez juste le temps différemment.
Lorsque j’étais à l’école, j’arrivais presque tous les jours en retard en classe. Cela agaçait les enseignants, ce qui est compréhensible, et mes parents désespéraient de me faire comprendre l’importance d’arriver à l’heure, mais même si j’en avais entièrement conscience, je n’arrivais pas à être ponctuelle. J’avais beau essayer, il y avait toujours quelque chose pour me distraire.
Aujourd’hui encore, j’entends des remarques comme « T’as oublié d’anticiper les bouchons ? ». J’y suis habituée, mais cela ne m’empêche pas de me sentir mal à chaque fois. Je me dis que ce n’est pas normal que je n’arrive pas à être à l’heure et que tout le monde doit penser que je suis malpolie.
La plupart d’entre nous ont une horloge interne qui leur donne une idée de combien de temps dure une période donnée. Ils peuvent estimer de manière intuitive combien de temps il leur reste après le travail jusqu’au dîner, avant l’entraînement de volley-ball ou quand commencer à étudier pour un examen qui n’est prévu que dans six mois. Pour ces personnes, le temps est estimable et prévisible.
Celles et ceux qui ne développent pas cette capacité et qui ont du mal à percevoir le temps comme un concept intériorisé peuvent souffrir de cécité temporelle. Cette difficulté fait partie du dysfonctionnement exécutif que les psychologues observent souvent dans le cadre d’un TDAH ou de l’autisme. Pour ces personnes, tout ce qui est intéressant passe à la vitesse de l’éclair, tandis que les moments d’ennui paraissent interminables. Elles peuvent percevoir des événements récents de manière floue, comme s’ils étaient arrivés il y a des années, et des événements dans le futur comme infiniment lointains ou incroyablement proches.
Dans le cas d’un dysfonctionnement exécutif, le cerveau donne la priorité à des actions momentanément perçues comme plus importantes ou intéressantes par rapport à l’objectif final. Il fait abstraction du projet en cours pour se concentrer uniquement sur l’ici et maintenant et atteindre l’état dit de flow (en allemand). Chez les personnes TDAH, cet état devient incontrôlable et est appelé hyperfocalisation.
Si la planification est si compliquée pour les personnes souffrant de cécité temporelle, c’est parce qu’elles n’ont aucune idée du temps que prend telle ou telle activité. C’est particulièrement vrai pour les activités répétitives du quotidien que le cerveau considère comme peu urgentes. Ce phénomène de sous-estimation du temps a été théorisé sous le nom de « planning fallacy ». Dans le paragraphe ci-dessous, je décris ma matinée avant d’aller au travail, telle que je la vis quotidiennement, avec les distractions qui la rythment.
Pour arriver à l’heure à la rédaction, il faut que j’enfourche mon vélo dans 10 minutes. Il ne me reste plus qu’à prendre mon ordinateur portable, mettre mes chaussures et ma veste. Fastoche.
En préparant mon sac pour la journée, j’aperçois une plante. Elle a l’air d’avoir soif. Je pose mon sac par terre et je vais chercher l’arrosoir. Lorsque je l’arrose, l’eau déborde de la soucoupe. Je cours à la cuisine chercher un chiffon. J’essuie l’eau et, tant que j’y suis, j’en profite pour nettoyer tout le rebord de la fenêtre. J’arrache également deux feuilles brunes de la plante qui m’embêtaient depuis un certain temps. En regardant par la fenêtre, je remarque que de nouveaux voisins ont emménagé en face. « Ils ont un teckel », me dis-je. « Trop mignon, il est sur le canapé. Est-ce qu’ils m’ont vue ? Mince, je devrais arrêter de les regarder. »
Et là, c’est le drame. « Bon sang, il faut que j’y aille. J’aurais dû partir il y a 10 minutes ! »
Si vous aussi vous êtes sujet à la cécité temporelle ou que vous avez du mal à respecter les délais, voici quelques conseils qui m’ont aidée.
On est samedi, et vous vous dites que vous avez amplement le temps de faire la lessive, aller bruncher, faire du sport, réorganiser le frigo, remplir la déclaration d’impôts et sortir avec des amis. Malheureusement, la réalité est différente. En vous fixant une ou deux missions, arriver à l’heure sera plus facile et vous n’aurez pas à courir dans tous les sens. Vous profiterez en outre d’un sentiment d’auto-efficacité et pourrez même vous reposer ou faire des choses imprévues entre les tâches. N’oubliez pas que la plupart des choses peuvent attendre jusqu’à demain.
S’il vous arrive souvent de mal estimer le temps nécessaire pour vos trajets, pensez à vous rajouter une bonne marge. Personnellement, je suis persuadée de pouvoir me rendre n’importe où à Zurich à vélo en 20 minutes, porte à porte. Je sais, c’est très optimiste. Mais pour moi, c’est la réalité. D’après mon expérience, mieux vaut toujours rajouter le tiers de mon estimation à mon trajet.
Aussi agaçant que cela puisse paraître, le réveil est votre ami. Mettez-le suffisamment tôt pour avoir assez de temps pour vous préparer et gérer les petites distractions. Si vous voulez éviter d’être distrait par votre smartphone, vous pouvez opter pour un bon vieux réveil mécanique. Zoe, la fille de mon collègue Patrick Vogt, a testé celui-ci :
Vous pouvez également utiliser la ruse en avançant votre montre.
Planifier une journée avec plusieurs événements et trajets vous semble impossible ? Je comprends. N’hésitez pas à demander conseil à une personne pour qui il est plus facile de le faire qui pourra vous aider à calculer le temps qu’il vous faudra. Là encore, n’ayez pas les yeux plus gros que le ventre.
Les retards ont le don d’agacer ceux qui ont l’habitude d’être ponctuels. Pour vous aider à être à l’heure, appuyez-vous sur des outils performants. Votre cerveau fonctionne différemment, ne soyez pas trop dur envers vous-même si vous n’y arrivez pas.
Mettez-vous cependant à la place des autres. Attendre sans nouvelles sous la pluie, c’est agaçant. Associez vos rendez-vous à un sentiment positif et imaginez la réaction de la personne que vous devez voir quand vous arriverez à l’heure. Votre cerveau considérera alors la tâche comme importante.
Si, malgré tout, cela ne fonctionne pas, présentez vos excuses aux personnes qui vous attendent et expliquez que c’est de votre faute. Informez-les de votre retard et donnez-leur un délai approximatif. Ce n’est jamais très agréable, mais cela donne à l’autre personne la possibilité de se retourner. Si cela se produit souvent, négociez des règles plus faciles à respecter au lieu de vous inventer des excuses : par exemple,prévenez que les réunions commencent plus tard, ou notez-les en avance dans votre agenda.
La perception du temps varie selon les personnes, mais aussi selon les cultures. Le modèle de Lewis (article en anglais) classe les différences en trois groupes : perception linéaire, multi-active et cyclique du temps.
Dans les pays saxons comme la Suisse et l’Allemagne, la perception linéaire du temps est la plus répandue : le passé est derrière nous et notre regard est tourné vers l’avenir. Chaque tâche doit être terminée avant de passer à la suivante. Nos actions sont planifiées de manière efficace et méticuleuse afin de ne pas « perdre » de temps (ni d’argent). Il n’est donc pas étonnant que nous considérions les personnes en retard comme impolies, car elles nous privent de notre temps précieux.
Ce n’est pas la même chose dans les pays d’Europe du Sud, où la culture multi-active considère le temps comme extensible. L’accent est mis sur les relations, en préférant par exemple terminer une conversation importante même à l’approche d’un rendez-vous. On se concentre sur l’expérience du moment. Dans cette culture, la cécité temporelle se remarque moins.
Plus éloignée de ces deux concepts, la perception cyclique du temps est très répandue dans les cultures hindoues et bouddhistes pour qui le temps est un concept récurrent. Il s’oriente sur les cycles naturels tels que les saisons, la naissance et la mort ou le lever et le coucher du soleil. Comme tout se répète, impossible de manquer de temps. Si une tâche n’est pas réalisée cette année, il y a toujours l’année prochaine.
Comme le montrent toutes ces différences culturelles, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise perception du temps, même si on a tendance à croire le contraire. Ce qui est intéressant, c’est d’exploiter les avantages de chaque concept : la perception linéaire favorise l’efficacité, la perception multi-active renforce les relations interpersonnelles et aide à profiter de l’instant présent, tandis que la perception cyclique permet d’avoir une vue d’ensemble et montre l’urgent peut souvent attendre, peut-être même jusqu’à notre réincarnation.
Mais ce n’est pas le cas de vos rendez-vous. Allez, on arrête le shopping en ligne, on range son téléphone et on se met en route. Il ne faudrait pas être en retard.
Repeindre l’appartement juste avant de le quitter. Faire du kimchi. Ressouder le four à raclette. J’essaie tout. Et souvent, ça marche.
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