
En coulisse
Pommeaux de douche made in Switzerland : dans quelle mesure sont-ils vraiment locaux ?
par Stefanie Lechthaler

Pourquoi les gens dépensent-ils 50 francs ou plus pour un sécateur Felco ? Et que dire de celles et ceux qui se le font tatouer sur la peau ? Je me suis rendue sur le lieu de production de cet outil emblématique pour en avoir le cœur net.
Les sécateurs Felco sont on ne peut plus suisses. Les cyniques diront sûrement qu’ils sont d’ailleurs très chers, voire prétentieux, ou carrément bourgeois. Il suffit toutefois de s’y intéresser d’un peu plus près pour comprendre que ce ne sont rien de plus que des préjugés.
J’ai franchi ce pas et me suis rendue à Les Geneveys-sur-Coffrane pour découvrir ce que Felco a de suisse et pourquoi ses sécateurs sont si populaires dans notre boutique.
Me voilà donc dans le train direction Neuchâtel. Alors que l’on passe Bienne, je me rends compte que l’entreprise n’est pas implantée là par hasard, elle se trouve au cœur de la vallée de l’horlogerie suisse. La vallée de la précision. Coïncidence ?
« Pur hasard, mais un heureux hasard », me répondent Nabil Francis, PDG, et François Davin, Directeur commercial, une heure plus tard alors que je leur pose la question. Le premier m’explique en outre que le fondateur de l’entreprise, Felix Flisch, le grand-père de son épouse, est venu ici depuis les Grisons pour suivre un apprentissage de mécanicien de précision.
« C’est en travaillant qu’il a eu l’idée de fabriquer un sécateur avec des pièces interchangeables. Mais son chef n’a pas cru en l’idée. »

C’est ainsi qu’il a fondé Felco en 1945. De nombreux travailleurs qualifiés et maîtrisant les techniques de fabrication issues de l’industrie horlogère se trouvaient déjà dans la région de Neuchâtel. L’entreprise incarne la précision telle qu’on la connaît ici, mais en grand format.
Ma curiosité est piquée.

Dès que nous entrons dans le hall de production, une odeur métallique envahit mes narines. François Davin sort deux poignées de sécateur d’une caisse, elles sont composées à 70 % d’aluminium aéronautique recyclé. « Ce matériau est particulièrement léger et de grande qualité. Nous pouvons donc offrir une garantie à vie sur nos produits », dit-il.

Les lames que nous allons examiner quelques pas plus loin sont, quant à elles, composées à 95 % d’acier au carbone recyclé. « C’est un matériau particulièrement résistant », précise Nabil Francis. Me voilà intriguée. Dans les avis Galaxus, on peut lire que les lames rouillent. Le PDG m’explique alors que Felco a délibérément choisi de ne pas utiliser d’acier inoxydable.
« Notre acier au carbone est plus dur et plus facile à affûter. Un sécateur bien rangé et entretenu ne rouillera pas. »

Alors que nous nous approchons des goupilles qui maintiennent les lames en place, nous entendons des cliquetis. Les machines positionnent les pièces avec une précision de l’ordre du centième de millimètre, soit environ un dixième d’un cheveu humain. C’est la seule façon d’assurer un bon ajustement de la lame et d’obtenir une coupe précise. C’est une étape primordiale. Si les lames écrasaient la tige de la plante, des germes pourraient y pénétrer.
Pour obtenir une coupe parfaite, mieux vaut également utiliser un sécateur de la bonne taille. Sur un présentoir, différents modèles adaptés aux grandes, moyennes ou petites mains sont exposés. Il existe également des modèles pour droitiers et pour gauchers. François Davin précise :
« En matière de sécateurs, on ne veut pas forcément plus grand. Au contraire, le sécateur doit être adapté à la taille de la main, car plus il est adapté, moins vous aurez besoin de force. »

L’une des 300 personnes travaillant ici semble elle aussi accomplir son travail avec aisance : d’une main habile, elle assemble les différentes pièces d’un sécateur. Felco continue d’assembler à la main chacun des outils produits chaque année, soit plus d’un million d’unités. Elle est ainsi l’une des dernières entreprises suisses d’outils de jardinage à produire localement et à avoir la capacité de fournir des pièces détachées et réparer ses outils.

De nombreux sécateurs Felco traversent ainsi plusieurs générations et résistent même à des décennies de gel. « Un sécateur appartenant à un berger valaisan est resté enseveli sous une avalanche pendant un demi-siècle », raconte François Davin en traversant le hall de production. « Cinquante ans plus tard, nous l’avons réparé et lui avons rendu. »
La qualité a toutefois un prix. Sur Galaxus, un sécateur Felcocoûte environ 50 francs suisses, les sécateurs les plus chers pouvant atteindre 300 francs. Nabil Francis tient toutefois à mettre les choses en perspectives, si l’on considère sa longue durée de vie, un sécateur Felco est relativement bon marché.
« J’aime dire que je ne suis pas assez riche pour m’offrir des outils bon marché. »
Mais suffit-il encore aujourd’hui d’être durable ? Nous en venons aux dernières innovations de Felco, à savoir les sécateurs électriques pour les professionnels. Un petit moteur électrique ouvre et ferme la lame. Certains modèles peuvent ainsi couper des branches d’une épaisseur allant jusqu’à 4,5 centimètres. « Ces sécateurs sont d’une grande aide pour les personnes qui manquent de force dans les mains », explique François Davin. Les derniers modèles fonctionnent également sans fil, grâce à une batterie. Si une main s’interpose, le moteur se coupe automatiquement.

Juste à côté, des robots s’affairent, dont l’un est en train de percer des trous dans les poignées. Autrefois, il fallait six à sept personnes pour cela ; aujourd’hui, ces personnes travaillent au montage. François Davin explique que Felco a pu conserver la plupart de ses employés malgré la numérisation. « Le travail manuel reste essentiel. Il s’agira toujours d’une interaction entre l’homme et la machine. » C’est dans cette optique que l’entreprise examine également dans quelle mesure l’intelligence artificielle pourrait être utile dans la production.
En quittant le hall de production, nous discutons des développements à venir et parlons de la concurrence, car elle ne manque pas et elle ne se gêne pas. Nabil Francis précise :
« Nous sommes la marque de sécateurs la plus copiée au monde. »
La plupart des contrefaçons proviennent d’Asie et sont vendues en ligne. Nabil Francis et François Davin me conduisent dans un petit musée installé à côté. Nous passons devant de vieux outils exposés, comme si nous parcourions une frise chronologique retraçant l’histoire de Felco.

Nous nous arrêtons devant deux sécateurs. « Pourriez-vous reconnaître l’original ? », me demande François Davin. Je louche un peu et secoue la tête de gauche à droite.
« Pour les non connaisseurs, il est difficile de reconnaître une copie. En général, on ne s’en rend compte que lorsque le sécateur ne coupe plus. »
Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit que les contrefaçons ont des fermetures lâches et des vis à la place des goupilles. De plus, leur finition est moins soignée : le logo, par exemple, n’est pas bien défini et les fermetures dépassent des poignées. Cela nuit à l’image de Felco. Afin de retirer les contrefaçons du marché, l’entreprise a créé un poste à temps plein et collabore avec des avocats. Sur son site web (en anglais), on trouve également des informations permettant de distinguer une contrefaçon d’un vrai produit Felco.
Nous sortons du musée. Il fait un temps magnifique. Mon regard se pose sur un toit recouvert de panneaux solaires. « Nous utilisons 100 % d’énergie verte. » « Pour fabriquer un sécateur, nous n’avons besoin que de 2,3 litres d’eau et nous recyclons tous nos déchets métalliques », explique N. Francis. Felco est tout aussi fière d’employer 25 personnes en situation de handicap dans son service d’emballage.

Je suis surprise de n’en avoir encore jamais entendu parler. « Oui, on n’est pas les meilleurs en marketing », admet François Davin en riant. « Et que feriez-vous si vous étiez les meilleurs ? », demandé-je alors. F. Davin dit :
« Je pourrais par exemple mentionner que certains clients se font tatouer des sécateurs Felco. Ou encore que même Michelle Obama utilise un sécateur Felco. »

Nous voilà de nouveau au point de départ de notre visite. Devant un parterre de fleurs, François Davin s’agenouille et prend une branche dans la main. Est-ce une rose ? « Une rose Felco », précise le Directeur commercial. La société a mis huit ans à mettre au point cette variété et, pour l’occasion, elle a lancé un support pour roses. Ce dernier maintient fermement la tige en place, afin que l’utilisateur ou l’utilisatrice ne se pique pas avec les épines.
Je fais mes adieux à mes deux guides. Je regarde une dernière fois la rose Felco. Elle est blanche à l’intérieur et rouge à l’extérieur, comme le logo de l’entreprise et le drapeau suisse.
Coïncidence ? Je ne crois pas.

Quelle est la marque de votre sécateur ? J’ai hâte de lire vos commentaires. Vous pouvez également m’envoyer une photo de votre sécateur Felco à l’œuvre à l’adresse darina.schweizer@digitecgalaxus.ch.
J’aime tout ce qui a quatre pattes ou des racines, surtout mes chats de refuge Jasper et Joy et ma collection de succulentes. J'adore partir en reportage avec des chiens policiers et des toiletteuses pour chats, toujours en quête de nouvelles intrigues dans des brocantes et des jardins japonais.
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