
En coulisse
Les 50 ans d’Apple
par Samuel Buchmann
Apple fête ses 50 ans. L’occasion pour moi de ressortir de son carton le tout premier iPhone vendu en Suisse. En le reprenant en main, on mesure le chemin parcouru par les smartphones, mais tout n’est pas forcément mieux aujourd’hui.
L’iPhone est le produit phare d’Apple. C’est celui qui génère le plus de chiffre d’affaires et qui a le plus profondément transformé le monde. Certes, les smartphones existaient déjà avant 2007, mais l’iPhone a donné un nouveau cap à leur évolution et en a accéléré le rythme. Chez RIM, le fabricant des smartphones BlackBerry, on était convaincu après la présentation du premier téléphone Apple que Steve Jobs bluffait, tant on jugeait un tel appareil techniquement impossible (en anglais). Le PDG de Microsoft, Steve Ballmer, prédisait à l’iPhone une part de marché de deux à trois pour cent, tandis qu’un rédacteur de TechCrunch expliquait au monde entier pourquoi l’appareil serait un flop monumental. Ces erreurs de jugement illustrent à quel point l’iPhone a bouleversé l’ordre établi.
L’iPhone 3G est le deuxième iPhone, et le premier qu’Apple a commercialisé en Suisse. C’est aussi le premier à permettre l’installation d’applis depuis l’App Store.
Cet article fait partie de notre série consacrée au 50e anniversaire d’Apple. Vous trouverez la liste de tous les articles ici :
Lors de sa légendaire keynote de 2007, Steve Jobs annonça trois appareils révolutionnaires : un iPod, un téléphone et un « appareil de communication Internet ». Le clou du spectacle, c’est que ces trois appareils étaient en fait un iPhone unique, 3-en-1.
Il ne reste plus grand-chose de cette magie aujourd’hui. Impossible de téléphoner avec, car le réseau 3G a été désactivé. Je parviens encore à me connecter au Wi-Fi, mais le navigateur et les autres applis en ligne sont inutilisables, car l’appareil ne reconnaît pas les certificats de sécurité actuels. L’App Store ne fonctionne plus non plus.

Il est donc devenu impossible d’utiliser l’iPhone 3G comme on le faisait en 2008. Pour retrouver malgré tout un brin de nostalgie, je me limite à ce qui fonctionne encore.
L’écran est minuscule au regard des standards actuels. En revanche, l’iPhone 3G se glisse bien mieux dans une poche et tient nettement mieux en main que les géants d’aujourd’hui. Malgré son épaisseur, ses formes arrondies lui évitent d’être encombrant. Posé sur mon bureau, je ne peux m’empêcher de le reprendre en main pour appuyer sur le bouton d’allumage, à peine saillant, mais bien perceptible au toucher. Un vrai plaisir !
Sur le plan de l’ergonomie, cet ancien iPhone est un sans-faute. Je n’appuie jamais sur un bouton par mégarde, alors que cela m’arrive encore après des années d’utilisation sur les iPhone récents.

Le bouton Home est déroutant aujourd’hui, mais on reprend immédiatement ses marques, tant la navigation avec lui est intuitive. Sans lecteur d’empreinte digitale ni reconnaissance faciale, je dois saisir le code à chaque fois. Ce qui a au moins le mérite de me dissuader de consulter mon téléphone en permanence.
L’appareil tourne sous iOS 4. Visuellement, cette version ne se distingue guère de la toute première mouture du système. Le design suit le principe du skeuomorphisme, où l’application Notes imite un bloc-notes en papier. Cette approche a depuis été abandonnée, car les notes numériques sont devenues plus familières que leurs équivalents analogiques. Le problème du Flat Design actuel (à partir d’iOS 7), c’est que tout se ressemble et qu’il devient difficile de distinguer les différentes applis et fonctions. Le design rétro mérite donc un coup de chapeau !

Le concept d’utilisation est si simple qu’un enfant en bas âge le comprendrait. Il manque cependant les raccourcis pratiques auxquels nous sommes habitués aujourd’hui. Impossible de balayer l’écran vers le bas pour afficher le Centre de contrôle. Pour activer le Bluetooth, je dois ouvrir l’application Réglages et naviguer dans une arborescence de menus. L’iPhone réagit très lentement par rapport aux standards actuels, sans doute dû au fait qu’iOS 4 était conçu à l’origine pour l’iPhone 4. Un mauvais souvenir refait surface : les mises à jour système étaient une arme à double tranchant. Elles ralentissaient les anciens appareils, et il était impossible (ou très compliqué) de revenir en arrière.
L’absence de gestes glissés présente un avantage : contrairement à un smartphone moderne, il ne m’arrive jamais d’appuyer, de balayer ou de déclencher quoi que ce soit par inadvertance.

L’application musicale s’appelle « iPod » et fait exactement ce que faisaient les anciens iPod : elle lit les morceaux stockés sur l’iPhone. Elle ne permet pas le streaming, et il m’est impossible d’installer une application pour cela. Copier de la musique depuis un ordinateur actuel vers l’iPhone reste toutefois possible aujourd’hui encore. Sur Mac, je n’ai heureusement pas besoin d’iTunes pour cela, le Finder fait l’affaire. C’est toujours aussi compliqué qu’à l’époque, sans accès aux fichiers individuels sur l’appareil et sans possibilité de copier quoi que ce soit depuis l’iPhone. Je ne vois même pas ce que j’ai déjà chargé manuellement sur l’iPhone.

Je peux connecter des écouteurs en filaire ou en Bluetooth. Le son n’est toutefois correct qu’en filaire, car l’appareil ne prend en charge que le Bluetooth 2.0, probablement avec le SBC comme seul codec audio.
Pour 2008, l’appareil photo est bon, bien qu’il soit identique à celui du tout premier iPhone. Si je compare les clichés avec ceux d’un téléphone Nokia de la même année, l’iPhone l’emporte haut la main. Sur l’image test, le Nokia 5220 présente des zones surexposées alors même que la lumière était douce, sans parler de sa prise en main du Nokia bien plus laborieuse. Il y fallait par exemple naviguer dans un menu pour zoomer ou même simplement prendre une photo.

En bonne lumière, le vétéran s’en sort étonnamment bien face à l’iPhone 17 actuel.

La différence se révèle surtout en agrandissant, où 2 mégapixels ne font pas le poids par rapport à 24 mégapixels.

En pénombre, l’iPhone 3G trahit aussi son âge.

L’iPhone 3G ne peut pas enregistrer de vidéos. Même le Nokia en est capable, bien que la qualité soit exécrable. La qualité aurait probablement été tout aussi médiocre sur le vieil iPhone, car l’image en direct de l’appareil photo tremble et ondule au point de donner la nausée. Ces artefacts seraient d’ailleurs aussi visibles sur une vidéo. On retrouve ici la philosophie de Steve Jobs : si une fonction n’est pas au point, elle n’existe tout simplement pas.
L’appareil photo frontal pour les selfies manque également à l’appel. Prendre un selfie avec l’appareil photo arrière n’est pas une mince affaire, car il n’y a ni retardateur ni bouton physique pour déclencher. Je dois toucher le déclencheur virtuel à l’aveugle sur l’écran tactile.
Récupérer les photos depuis l’iPhone se révèle aussi étonnamment compliqué. Je sais bien qu’un ancien iPhone ne peut utiliser ni AirDrop ni iCloud, mais je m’attendais à ce que le transfert par câble soit plus simple.
Sous Windows, l’iPhone apparaît comme un périphérique de stockage contenant un dossier de photos. Sur Mac, ce type d’accès n’existe pas, et les photos doivent être importées via l’application « Photos ». Sauf que cela ne fonctionne pas, car l’application estime que je dois d’abord déverrouiller l’iPhone, sachant qu’il l’est déjà.

Sur Mac, la seule solution consiste à démarrer Windows en virtualisation et à accéder à l’appareil depuis celui-ci.
J’apprécie la sensation en main, l’ergonomie et, dans une certaine mesure, le charme de l’ancienne interface. Néanmoins, aussi nostalgique sois-je, je ne voudrais pas revenir en arrière. Trop de choses me manqueraient, du Centre de contrôle à la caméra en passant par AirDrop. Une édition anniversaire du premier iPhone équipée de composants modernes serait extrêmement séduisante. Même facteur de forme, mêmes boutons, mais des performances actuelles. Peu réaliste, certes, mais on a bien le droit de rêver.
Mon intéret pour l'informatique et l'écriture m'a mené relativement tôt (2000) au journalisme technique. Comment utiliser la technologie sans se faire soi-même utiliser m'intéresse. Dans mon temps libre, j'aime faire de la musique où je compense mon talent moyen avec une passion immense.
Des informations intéressantes sur le monde des produits, un aperçu des coulisses des fabricants et des portraits de personnalités intéressantes.
Tout afficher