En coulisse

Un album complet pour seulement 20 francs !? L’engouement pour les Panini dans la cour de récréation

Michael Restin
25/6/2026
Traduction : Yannick Meilleray

C’est l’album Panini le plus grand et le plus cher de tous les temps : 980 images à collectionner qui coûtent des centaines de francs. Avec leur argent de poche, les enfants ne vont pas loin. En revanche, grâce à des parents généreux, c’est une autre histoire : ils font en sorte que le troc soit en plein essor.

« On ne va pas se prêter à ce jeu-là », me suis-je dit. Un album Panini XXL, presque aussi épais que les catalogues de vente par correspondance de mon enfance, cela me semblait exagéré. Le plus grand Mondial de l’histoire dépasse largement n’importe quel budget d’argent de poche. J’étais donc d’autant plus soulagée que mon fils, qui est en 7P, n’en ait même pas parlé. Même lorsque l’album est arrivé à la maison en cadeau, je suis resté calme, et lui aussi. Pas de supplications ni de mendicité, acheter des images à grande échelle pour combler le vide de cet album géant n’était pas un sujet de discussion.

Puis le tournoi a commencé et j’ai lu les gros titres les uns après les autres : les autocollants Panini suscitent une demande record (en allemand), nous ne nous attendions pas à une telle demande (en allemand) ou Panini est à court d’autocollants (en allemand). Au sein de l’entreprise aussi j’apprends que la demande a fortement augmenté par rapport au dernier Mondial. Les gens achètent tout ce qu’ils peuvent.

Même 48 équipes ne les découragent pas : beaucoup sont impatients de collectionner les 980 images.
Même 48 équipes ne les découragent pas : beaucoup sont impatients de collectionner les 980 images.

S’ils veulent remplir leurs albums, ils n’ont pas le choix. À la question « tout ou rien ? », beaucoup répondent « tout ! » ou plutôt « shut up and take my money ! » À combien cela s’élève-t-il dans les cas extrêmes ? Faisons le calcul (en allemand).

Les montants totaux pour un album complet atteignent des sommes vertigineuses : elles s’élèvent ainsi à environ 1568 euros pour le collectionneur solitaire le plus naïf que l’on puisse imaginer, à raison de 1,50 euro par paquet, elles grimpent à tout de même 658 euros dans un groupe d’échange de dix personnes, et même en cas d’« achats ciblés », elles atteignent encore la somme considérable de 439 euros.

Édition spéciale « United Edition »

En francs, cela représenterait également une somme importante... Et bien sûr, il existe à nouveau pour la Suisse une « édition spéciale exclusive », présentée comme étant de meilleure qualité (comment pouvons-nous penser qu’un autre concept de couleurs vise simplement à empêcher les bonnes affaires dans l’UE ?!). Ce traitement de faveur s’appelle, ironiquement, « United Edition ».

Image du produit Panini Édition officielle de la Coupe du monde de la FIFA 26 « United » (Multilingue, Affichage du booster)
Cartes à collectionner
CHF198.–

Panini Édition officielle de la Coupe du monde de la FIFA 26 « United »

Multilingue, Affichage du booster

Je pensais que cela rendrait le tout plus cher et inabordable pour mon fils, mais j’avais fait mes calculs sans tenir compte d’une cour de récréation zurichoise : « Mon album est presque plein maintenant », m’a-t-il dit au cours de la première semaine du tournoi. La réponse à ma question inquiète, lui demandant combien il avait dépensé entre-temps, m’a surpris : « Environ 20 francs ! »

Il n’a pas réussi à mettre la main sur les autres autocollants. Collectionner et échanger est devenu un projet collectif fortement subventionné avec ses camarades de classe : « Beaucoup de parents achètent les paquets de 100, les autres m’ont donné quelques-uns de leurs doubles. » Un plaisir partagé est un plaisir double. Très vite, de nombreux doublons circulent lorsque la collecte commence dans de nombreux foyers avec 700 ou 1400 autocollants d’un coup.

Voilà une boîte d’échange bien remplie, il y a un nombre incroyable de doublons en circulation.
Voilà une boîte d’échange bien remplie, il y a un nombre incroyable de doublons en circulation.

Si l’opération est rentable pour Panini et les enfants, c’est donc avant tout grâce aux adultes. Comme les albums de collection existent depuis 1970, le fait de coller des autocollants est tellement empreint de nostalgie que, pour beaucoup, remplir l’album devient un projet familial.

Celles et ceux qui achètent des produits Panini chez Galaxus appartiennent généralement à la génération actuelle des parents : environ 40 % ont entre 40 et 49 ans, certains collectionnent peut-être déjà depuis 1986, lorsque Maradona a fait du Mondial au Mexique son grand spectacle. Je comprends tout à fait le récit de mon collègue David Lee sur Panini.

Les rares images de cette époque sont devenues des souvenirs inoubliables. Aujourd’hui, on achète, on ouvre et on colle à la chaîne. Je n’avais pas envie de ça, même si le premier album que j’ai rempli avec mon fils reste un beau souvenir. Il y a cinq ans, nous avons beaucoup appris ensemble sur les pays, les gens et les achats au kiosque. Cette fois-ci, il se débrouille très bien tout seul.

Recouvrir les « autocollants Temu »

Les piles de doublons sont apportées à l’école et généreusement distribuées, après tout, ce ne sont pas les économies personnelles qui sont en jeu. Lorsque de nombreux parents investissent deux à trois cents francs, le troc bat son plein. Il suffit d’un peu d’argent de poche et de bonnes relations.

Quiconque profite des doublons des autres ne doit pas se montrer difficile, mais entre-temps, même les « autocollants Temu », comme mon fils appelle les autocollants bleu clair provenant de l’étranger, ont tous été recouverts.

Deux valent mieux qu’un : un autocollant collé par-dessus l’autre dans l’album Panini.
Deux valent mieux qu’un : un autocollant collé par-dessus l’autre dans l’album Panini.

Même si je ne participe plus moi-même à cette chasse aux autocollants, je suis tout de même touché de voir avec quelle ténacité de nombreux adultes continuent à les collectionner, comme l’autre jour sur le terrain de foot. À la mi-temps, l’agitation s’empare des petits groupes de parents qui se sont réfugiés à l’ombre. Beaucoup ont sur eux des listes avec les numéros manquants, certains autocollants passent de main en main ou de poche en poche, et les trésors trouvés font la joie des enfants. C’est agréable à voir, car plus la recherche a été difficile, plus la joie est grande.

La bataille pour les derniers autocollants

Cet engouement croissant, que j’observe également chez mon fils et ses camarades, s’explique, selon l’étude mentionnée ci-dessus, par un mélange d’aversion pour la perte anticipée et d’effet de dotation : pour celles et ceux qui ont pour objectif de remplir leur album, les cases vides sont une source de frustration, et les autocollants manquants semblent bien plus précieux qu’ils ne le sont en réalité.

Tout à coup, le dernier autocollant manquant est plus important que Lionel Messi.
Tout à coup, le dernier autocollant manquant est plus important que Lionel Messi.

C’est également ce que vivent les enfants à la recherche des derniers autocollants : ils rentrent chez eux indignés parce qu’un adulte, qui possède l’autocollant tant convoité, a tout simplement refusé de le leur céder. Ils se plaignent également d’avoir été harcelés par des personnes plus âgées qui n’ont pas voulu accepter leur refus lorsqu’ils ont sollicité un échange. C’est tout de même étrange, l’effet qu’un album Panini peut avoir sur certaines personnes.

Craintes de pertes chez Panini

Selon le Spiegel (en allemand), le groupe Panini prévoit des recettes de plus de 1,2 milliard d’euros grâce aux autocollants et aux cartes à collectionner et n’est pourtant pas satisfait. C’est précisément parce que le marché est en plein essor que cette entreprise traditionnelle se retrouve évincée du marché. La concurrence prend le relais.

À partir de 2034, la FIFA se tournera vers Fanatics (en allemand), le leader du marché américain, qui détient également la société Topps et possède déjà les droits UEFA. Son entrée sur le marché des autocollants pour l’Euro 2024, qui avait été accueillie avec scepticisme, s’est malgré tout avérée être un succès commercial. On continue à coller et à collectionner, même si ce sont surtout les adultes nostalgiques qui auraient volontiers renoncé à ce changement.

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Écrivain amateur et père de deux enfants, j’aime être en mouvement et avancer en équilibre sur le chemin sinueux de la vie de famille. Je jongle avec plusieurs balles et il m’arrive parfois d’en faire tomber une. Il peut s’agir d’une balle, ou d’une remarque. Ou des deux. 


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