Critique

Test de « Replaced » : un jeu de plateforme 2,5D digne du cinéma

Philipp Rüegg
14/4/2026
Traduction : Martin Grande

Pixel art saisissant, ambiance envoûtante et dosage parfait entre combat, énigmes et exploration. Après une longue attente, « Replaced » tient enfin la promesse formulée il y a des années.

La loi du plus fort règne sur le monde. Des mégacorporations corrompues exploitent les humains. Une intelligence artificielle veut nous arracher notre dernier morceau d’humanité. Oui, ça rappelle le journal télévisé, mais il s’agit en réalité du décor de Replaced, qui, au vu de l’actualité mondiale, semble moins dystopique que jamais.

Le jeu se déroule dans une Amérique rétrofuturiste des années 80, dirigée par la toute-puissante Phoenix Corporation. Au siège social, derrière d’innombrables portes de sécurité, le développeur Warren bricole une IA d’un nouveau genre baptisée R.E.A.C.H. Après un accident, cette dernière se retrouve dans le corps de son créateur et doit fuir sa propre entreprise.

Replaced avait déjà été présenté à la dernière édition de l’E3, en 2021. La bande-annonce avait mis les larmes aux yeux aux fans de rétropixel-action, moi compris. Bon, les développeurs de Sad Cat Studios ont carrément manqué la date de sortie initiale fixée à 2022, mais ce qui est souvent mauvais signe s’est pour une fois révélé être une décision en or.

Tout est dans le dosage

Après s’être lentement acclimatée à son nouveau corps et avoir échappé aux drones et aux matraques de la Phoenix Corporation, Reach rencontre Tempest, un casse-cou rebelle qui lutte contre l’oppression. Reach étant mi-humaine, mi-IA, elle peut utiliser l’arme à authentification biométrique d’un officier sans la faire exploser, comme dans Judge Dredd. Pour Tempest, voilà une raison suffisante pour la recruter dans sa lutte contre le système.

Reach se retrouve malgré elle dans le corps de son créateur.
Reach se retrouve malgré elle dans le corps de son créateur.

Replaced propose un dosage agréablement équilibré entre combats, énigmes d’escalade et moments paisibles, durant lesquels j’explore l’environnement et je donne un coup de main aux habitants aux alentours du refuge éclairé aux néons de Tempest. Je fais notamment la connaissance d’une jeune fille qui répare de vieilles bornes d’arcade sur lesquelles je peux jouer à des clones de Space Invaders ou de Frogger. Si je bats le score élevé, j’obtiens des améliorations pour mon arme ou des points de vie supplémentaires.

Dans un hôpital de fortune un peu moins joyeux, je fais la promesse à un mourant de lui rapporter de vieilles photos de famille. Je les retrouve planquées dans sa tente sous un pont d’autoroute, dans un coffre que je réussis à ouvrir en résolvant des énigmes. Je dois bien lire les consignes, car le journal de quêtes ne va pas trop dans les détails.

Le monde de « Replaced » est sombre et oppressant.
Le monde de « Replaced » est sombre et oppressant.

Une création d’univers tout en finesse

Les missions annexes facultatives offrent un aperçu de l’univers de Replaced, où des médicaments vitaux ne sont plus produits parce que les mégacorporations privilégient des secteurs plus lucratifs. J’apprends beaucoup de choses dans les dialogues que je lis au passage.

Je trouve régulièrement des messages que je peux consulter sur mon Wingman. C’est un mini-ordinateur stylé qui me rappelle un croisement entre un lecteur MiniDisc et une Game Boy à molette rotative, et que j’achèterais sur-le-champ IRL.

J’adore mon Wingman. Il me permet aussi de pirater des drones et des ordinateurs.
J’adore mon Wingman. Il me permet aussi de pirater des drones et des ordinateurs.

J’aime ces courtes parenthèses tranquilles, pendant lesquelles je profite du paysage et j’écoute les histoires des gens. La bande-son électro discrète en harmonie avec le décor contribue à l’immersion dans ce monde oppressant où l’espoir des communautés survit encore, conférant au jeu une agréable mélancolie.

Un peu plus de dramaturgie n’aurait pas fait de mal à Replaced. Je ne découvre beaucoup d’éléments de contexte qu’en lisant les nombreux messages cachés. L’histoire lente au démarrage et pas toujours très cohérente reste assez prévisible, mais l’humanisation progressive de Reach et le réalisme des personnes qu’elle rencontre ne me laissent pas de marbre pour autant.

En dehors des combats de boss, la vraie tension se fait rare.
En dehors des combats de boss, la vraie tension se fait rare.

Combat et escalade

Pour tenter de se libérer de son corps de chair, Reach escalade des toits, court à travers des forêts enneigées et se faufile dans des laboratoires de recherche secrets. Les passages d’escalade s’enrichissent en permanence de nouvelles capacités comme le double saut ou le grappin. Le fait de déplacer des caisses et des conteneurs pour atteindre des endroits plus élevés ne remportera aucun prix d’originalité. La Surcharge (Overload) thermique arrive plus tard, rendant le gameplay un peu plus intéressant. Les énigmes et les passages de plateforme ne sont pas difficiles, mais le rythme est très agréable.

La vraie difficulté consiste souvent à repérer le chemin.
La vraie difficulté consiste souvent à repérer le chemin.

Les combats sont aussi bien sympas. Reach s’en prend généralement à des groupes entiers d’ennemis. Au début, je peux seulement frapper et esquiver. Peu à peu s’ajoutent les contres, la possibilité de scier les armures et de renvoyer les tirs. Tout fonctionne via mon arme polyvalente, à la fois matraque, taser et arme à feu. Je ne peux tirer que sporadiquement. En réussissant des contres et des attaques, je recharge mon arme, ce qui suffit pour quelques tirs par combat tout au plus. Un mode Overload très satisfaisant permettant de canarder sans retenue arrive plus tard. C’est malheureusement là qu’apparaît un bug agaçant, le seul du jeu d’ailleurs. Le flingue s’arrête de tirer uniquement si une cinématique s’enchaîne. J’espère que cela sera patché.

Les combats sont parfaitement dosés et toujours superbement mis en scène, comme tout le reste du jeu. Seuls les coups pourraient avoir un peu plus d’impact et le son est lui aussi un peu timide. Les affrontements, en tout cas, sont dignes d’un film et m’ont rappelé John Wick plus d’une fois.

Les combats sont bien dosés et s’apparentent à du ballet.
Les combats sont bien dosés et s’apparentent à du ballet.

Enfin, au même titre que le quatrième volet de la série d’action portée par Keanu Reeves, Replaced est une tuerie visuellement, et pas seulement pour les fanboys de pixel art comme moi. Le jeu d’ombre et de lumière, les contrastes puissants et le cadrage particulier, je n’avais encore jamais vu ça. Traditionnellement, la caméra est statique dans les jeux 2D, tandis que dans Replaced, elle est dynamique. Tantôt elle se rapproche de l’action, tantôt elle dévoile, l’instant d’après, une pièce remplie d’ennemis. Parfois, elle dézoome et guide le regard vers un panorama urbain à couper le souffle au soleil couchant. Elle pivote sur l’axe Z, joue avec la mise au point et m’immerge ainsi encore plus dans l’action. C’est impressionnant, ce que le studio chypriote Sad Cat parvient à faire apparaître à l’écran. J’ai malgré tout quelques suggestions d’amélioration.

Problèmes de visibilité

Sans vouloir remettre en question la brillance graphique du jeu, j’aurais aimé un langage visuel plus clair. Par moments, je ne distingue pas où regarde le projecteur d’un drone. Pendant l’escalade, il n’est parfois pas clair avec quoi je peux interagir et ce qui relève de l’arrière-plan. De temps en temps, des sauts sont calculés de façon inutilement juste, ce qui me vaut dix tentatives, ou je dois suivre un câble jaune dont le point de départ lui-même n’est pas clairement identifiable.

De temps à autre, la zone couverte par un projecteur reste floue.
De temps à autre, la zone couverte par un projecteur reste floue.

Dans certains combats superbement éclairés dans la pénombre, il m’arrive de ne plus distinguer mon personnage au milieu de la masse d’ennemis. Le problème se résoudrait facilement si la matraque-pistolet de Reach brillait de manière bien visible. À la place, je m’élance sur le bord de la zone de jeu jusqu’à savoir lequel de ces petits bonhommes pixelisés est le mien. Bon, ce sont des détails. Cela n’entache pas l’impression globale très positive.

« Replaced » est disponible à partir du 14 avril sur PC et Xbox Series X/S. J’ai testé la version PC qui m’a été mise à disposition par Thunderful.

« Replaced » est visuellement absolument envoûtant.
« Replaced » est visuellement absolument envoûtant.

Bilan

Un thriller SF digne d’un film, accompagné d’un pixel art saisissant

« Replaced » est exactement ce que j’espérais en voyant la première bande-annonce. Un jeu d’action à l’ambiance envoûtante, au pixel art 2,5D féerique et aux combats merveilleusement dynamiques. Quand tout s’aligne, je me sens comme John Wick sous stéroïdes (ou peu importe comment s’appelle le dopage dans ce futur rétro). Justement, cet aspect rétro-futuriste contribue à l’atmosphère du jeu et c’est la raison pour laquelle je prends le temps de lire des histoires venues du sombre univers cyberpunk sur mon Wingman qui, soit dit en passant, est trop classe.

L’histoire d’une IA piégée dans un corps humain n’apporte rien de nouveau aux innombrables films de SF existants, mais elle sert de fil rouge et me guide à travers les niveaux très variés. Associée à son dosage parfait entre action, plateforme et exploration, elle fait de « Replaced » une expérience à ne pas manquer.

Pro

  • mise en scène digne du cinéma
  • pixel art de rêve
  • combats dynamiques
  • variés

Contre

  • scénario prévisible
  • lisibilité visuelle parfois difficile

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Enfant, je n’avais pas le droit d’avoir de console. Ce n’est qu’avec l’arrivée du PC familial 486 que le monde magique des jeux vidéo s’est ouvert à moi. Aujourd’hui, je compense largement ce manque : seuls le temps et l’argent m’empêchent d’essayer tous les jeux qui existent et de remplir mon étagère de consoles rétro rares. 


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