

Sulgen, le village le plus cool de Suisse, à sa façon
Une ligne de production de 150 mètres, 400 réfrigérateurs assemblés chaque jour, 90 personnes par équipe, le tout au cœur d’un village de 4000 habitants en Thurgovie. Bienvenue à Sulgen, qui est sans doute l’endroit le plus cool de Suisse.
C’est dans la zone industrielle de la commune de Sulgen que se trouve l’usine de réfrigérateurs de V-Zug. Depuis 2022, cette entreprise suisse y fabrique ses réfrigérateurs. Non pas en Roumanie, en Turquie ni en Chine, mais bien en Suisse.
Comment fait-elle ? C’est ce que j’ai demandé à Adrian Theiler, le Chief Operating Officer (COO), et Christoph Schweiger, le directeur de l’usine, lors de ma visite. Nous nous trouvons dans une salle de réunion en hauteur, avec vue sur la chaîne de production qui s’étire en contrebas dans le long hall. J’apprends que 400 réfrigérateurs sortent chaque jour de l’usine. En Suisse, V-Zug est le leader du marché des appareils électroménagers. La guerre des prix y est moins féroce que dans d’autres pays, notamment parce que les réfrigérateurs et les appareils électroménagers de cuisine sont généralement considérés comme des biens durables. Ce sont généralement les agences immobilières, les cuisinistes et les promoteurs immobiliers qui déterminent l’aménagement des cuisines en Suisse. « Ce qui compte, c’est la durabilité et la qualité du service, et c’est précisément là que nous nous démarquons », déclare Christoph Schweiger.
Cela dit, il faut faire attention au prix. Même en tant que fournisseur dans le segment moyen et haut de gamme, V-Zug ne peut pas se permettre d’être trop cher. La Suisse n’est pas un pays où le coût de la vie est bon marché, les salaires y sont élevés. Malgré tout, la fabrication de réfrigérateurs y reste viable, pour quatre raisons.
1. Faible part des coûts salariaux
L’usine de Sulgen mise sur l’efficacité. Les processus s’enchaînent de manière parfaitement coordonnée, sans temps morts. C’est ainsi que V-Zug réussit à limiter les coûts salariaux de fabrication d’un réfrigérateur à seulement 10 à 12 %, explique Adrian Theiler, le COO. Pour un modèle vendu à un peu moins de 2000 francs, cela représente donc une somme raisonnable de 200 francs.
Actuellement, chaque équipe compte environ 90 personnes. Dans l’usine « Zero-Gravity », les conditions de travail sont aménagées pour être aussi agréables que possible. Par exemple, personne n’a à soulever de pièces lourdes ou encombrantes : des tables hydrauliques et des robots de levage s’en chargent, comme j’ai moi-même pu le constater sur place.
400 réfrigérateurs quittent l’usine chaque jour, soit plus de 100 000 par an. Cela peut sembler impressionnant, mais ce n’est pas le cas comparé à la concurrence internationale. Des marques telles que Liebherr ou le groupe Bosch-Siemens possèdent des usines qui produisent un demi-million d’unités par an, soit cinq fois plus.

2. Frais de transport élevés
Pour les responsables, une production à l’étranger n’est pas envisageable. « Ce n’est pas sans raison que nous avons investi 70 millions de francs pour construire l’usine de Sulgen en pleine campagne », explique Christoph Schweiger. D’une part, il y a les professionnels dont on a besoin. La plupart d’entre eux ont quitté leur ancien site d’Arbon en 2022 pour travailler à Sulgen. Le nouveau site ne se trouve qu’à 20 kilomètres de l’ancien.
D’autre part, chez V-Zug, on sait aussi faire des calculs. Cela ne vaut tout simplement pas la peine de faire traverser les océans à un réfrigérateur par bateau de fret simplement parce que la production asiatique coûte un peu moins cher. Il est impossible de faire tenir autant d’appareils, qui mesurent environ 1,80 mètre de haut sur 60 centimètres de large, dans un conteneur maritime. Cela revient vite cher, surtout lorsque les crises et les guerres perturbent les routes commerciales et font grimper les prix. Le coût actuel d’un conteneur maritime standard sur la ligne Shanghai-Rotterdam s’élève à environ 2500 dollars américains (en allemand). Avec 50 réfrigérateurs par conteneur, cela revient à plus de 50 dollars américains, et cela, sans compter le transport ultérieur depuis la mer du Nord jusqu’en Suisse, par train et par camion.

3. Achats de proximité
De nombreuses pièces d’un réfrigérateur proviennent de toute façon des environs, de fournisseurs suisses ou allemands, explique Adrian Theiler. Certaines sont encombrantes, comme les grilles de condensation à l’arrière ou encore les tiroirs. Là encore, un transport en provenance de l’Extrême-Orient représenterait un coût disproportionné. Une autre raison justifiant le recours à un approvisionnement quasi local tient à la qualité de la collaboration avec les fournisseurs ainsi qu’à la flexibilité qu’elle offre.
Les prix sont assez similaires partout dans le monde. Dans la mesure où les matériaux représentent les deux tiers des coûts de fabrication, V-Zug ne subit aucun désavantage concurrentiel sur ce plan.

4. Recherche sur place
Pour V-Zug, produire à l’étranger créerait une distance considérable entre le développement et la recherche menés en Suisse, et la fabrication implantée sur un autre site. En effet, à Sulgen, on ne se contente pas seulement d’assembler et de monter. C’est là que V-Zug mène ses recherches sur la prochaine génération de réfrigérateurs. J’en aperçois un pendant la visite de l’usine, mais je ne dois rien dévoiler à ce sujet. Pas de problème, je n’aurais de toute façon pas remarqué ces avancées révolutionnaires. V-Zug confie les tests approfondis de ses prototypes à des personnes sélectionnées au sein de groupes de discussion.
Conçus pour durer
Un réfrigérateur est un produit qui a une longue durée de vie. Les modèles de V-Zug sont conçus à cet effet. « Il n’est pas rare que des appareils soient en service depuis 20 ou 30 ans », explique Adrian Theiler. Le fabricant garantit que les pièces de rechange seront disponibles pendant encore 15 ans après la commercialisation du dernier modèle d’une génération de réfrigérateurs. « Ainsi, dans sept cas sur dix, même des appareils vieux de 30 ans peuvent encore être réparés », déclare fièrement le COO.
Il admet que cela n’est pas toujours judicieux sur le plan énergétique. En effet, les modèles récents de réfrigérateurs consomment moins d’électricité lorsqu’ils sont en marche. Un modèle récent et économique consomme très peu, avec 50 kilowattheures par an, tandis qu’un ancien modèle, moins efficace, peut parfois en consommer trois fois plus ; ce qui se répercute sur la facture d’électricité.

Les améliorations en détail
Le développement d’un réfrigérateur implique souvent un travail minutieux. Comment améliorer l’étanchéité du joint en caoutchouc de la porte ? Comment faire pour que l’éclairage projette moins d’ombres ? Comment faire pour qu’une salade se conserve plus longtemps ? Quelle est la sensation provoquée par le fait de tirer un tiroir ? Pour cela, V-Zug dispose à Sulgen de circuits d’essai et de chambres climatiques qui simulent, par exemple, une journée d’été étouffante, afin de déterminer la quantité d’air chaud qui pénètre dans le réfrigérateur lorsque la porte s’ouvre.
Et même en matière de réfrigérateurs, la mode joue un rôle. Ainsi, on préfère aujourd’hui les étagères et les surfaces en plastique mates, plutôt que le verre transparent.
Pour le moment, le réfrigérateur intelligent capable d’anticiper mes prochains achats ou qui me suggérerait (grâce à l’IA, bien sûr) des idées de recettes à préparer avec les aliments dont la date limite de consommation approche ne deviendra pas réalité. On trouve certes déjà plusieurs appareils « connectés » munis d’une caméra interne. Pourtant, en pratique, cette caméra est loin de pouvoir répertorier automatiquement le contenu du réfrigérateur. LG a équipé son « Foodcenter » d’une vitrine. Quand je frappe à la porte, la lumière s’allume à l’intérieur. Mais évidemment, je ne peux prendre quelque chose que si j’ouvre correctement la porte.
V-Zug se concentre sur d’autres choses. Il se peut que, pour les gens, il ne soit finalement pas si important de devoir en plus installer une application pour le réfrigérateur et de voir l’appareil « smartifié » à coups d’IA. Les réfrigérateurs V-Zug récents peuvent être connectés à Internet à des fins de maintenance. Ainsi, en cas de panne, un technicien de maintenance sait souvent déjà quelles pièces de rechange il doit emporter.
À Sulgen, on s’intéresse également au concept d’« usine circulaire », c’est-à-dire à la manière dont le plus grand nombre possible de pièces inutilisées et de matières premières restantes d’un réfrigérateur peuvent être réutilisées à la fin du cycle de production. Pour cela, il est important que le plastique puisse être trié correctement afin de pouvoir en refaire des granulés. Pour cela, il faudrait pouvoir retirer la mousse d’isolation. Pour l’instant, elle est solidement collée à l’enveloppe. Jusqu’à présent, la possibilité de démonter les réfrigérateurs n’était pas prise en compte dans la conception des produits. « Nous avons beaucoup d’idées, certaines sont déjà au stade de projet », explique Adrian Theiler. Il est clair que, pour garantir une véritable durabilité, de telles mesures doivent également être rentables sur le plan économique.
Un réfrigérateur qui peut être presque entièrement recyclé en fin de vie : Sulgen mériterait alors véritablement le titre d’endroit le plus « cool » de Suisse.
Je suis journaliste depuis 1997. Stationné en Franconie, au bord du lac de Constance, à Obwald, Nidwald et Zurich. Père de famille depuis 2014. Expert en organisation rédactionnelle et motivation. Les thèmes abordés ? La durabilité, les outils de télétravail, les belles choses pour la maison, les jouets créatifs et les articles de sport.
Des informations intéressantes sur le monde des produits, un aperçu des coulisses des fabricants et des portraits de personnalités intéressantes.
Tout afficher






