Onyx Cinema LED: une révolution cinématographique qui crève l’écran
Reportage

Onyx Cinema LED: une révolution cinématographique qui crève l’écran

Luca Fontana
Zurich, le 05.06.2018
Révolution ou artifice? Le complexe de Sihlcity à Zurich abrite le tout premier cinéma LED d’Europe. J’y suis allé, j’ai testé et j’ai jeté un coup d’œil dans les coulisses.

Depuis 8 semaines, Onyx Cinema LED – le qualificatif Onyx est arrivé bien plus tard – est utilisé pour la diffusion d’une demi-douzaine de films à l’Arena Cinemas, un multiplexe de Zurich. Manuel Wenk, producteur vidéo, et moi-même y sommes retournés pour jeter un coup d’œil en exclusivité dans les coulisses en compagnie d’Andy W. Bohli, CEO de l’entreprise zurichoise Imaculix

Qu’est-ce que la révolution cinématographique?

Mars 2018. Selon Edi Stöckli, propriétaire des cinémas de Sihlcity, «il est fort probable que le cinéma LED constitue une importante étape dans l’évolution cinématographique.»

Un parterre de journalistes internationaux a justement fait le déplacement pour assister à la première européenne de ce cinéma dernier cri installé dans la salle 5. Tous veulent voir ce qui se cache derrière cette révolution cinématographique. Et nous aussi. On diffuse le film «Pacific Rim Uprising» sur un écran LED, nous sommes médusés. Non pas par sa nullité, mais par la qualité de l’image.

Dominik et moi sommes pour une fois au centre d’une présentation à la presse. À dire vrai, ce n’est pas le cas. Mais on peut voir que nous sommes réellement impressionnés.
Dominik et moi sommes pour une fois au centre d’une présentation à la presse. À dire vrai, ce n’est pas le cas. Mais on peut voir que nous sommes réellement impressionnés.
PPR/Aladin Klieber

Deux mois s’écoulent.

La résolution 4 K est assurée par les 24 millions de diodes – réparties sur une surface d’environ 10 mètres par 5, soit 455 pouces ou 1155 centimètres, ce qui correspond à 4096 × 2160 pixels (un pixel comporte trois diodes: rouge, verte et bleue). Doté du format numérique HDR, cet écran géant LED est le premier du genre à prendre en charge la technologie 3D. Pour faire simple, il s’agit d’une grosse télé, mais huit fois plus grande.

La question qui se pose est la suivante: en quoi est-ce une révolution cinématographique alors qu’on peut disposer d’un tel système à la maison?

Andy Bohli nous livre une explication: «Pour la première fois depuis l'invention du cinéma il y a 123 ans, l’image n'est plus projetée sur l'écran par l’arrière. Elle provient directement de la surface de projection». Il ajoute: «La lumière n’est plus le support de transmission.

Andy W. Bohli, CEO de l’entreprise zurichoise Imaculix. le cinéma LED dans la salle 5 est un peu son «bébé».
Andy W. Bohli, CEO de l’entreprise zurichoise Imaculix. le cinéma LED dans la salle 5 est un peu son «bébé».
PPR/Aladin Klieber

En collaboration avec Samsung et JBL, Imaculix est chargée de faire venir de Corée le cinéma LED en Suisse. L’instigateur s’appelle Edi Stöckli, un esprit pionnier qui a su flairer le ce qui plaît au public suisse grâce au succès de la salle 4DX, un univers produisant des effets multisensoriaux tels que bourrasques, explosions enfumées, soulèvements, oscillations et basculements des sièges, donnant ainsi l’impression d’être au cœur de l’action du film.

«Les couleurs sont plus éclatantes, l’image est plus nette», déclare Bohli, «cette technologie est un complément à la 3D, la vision binoculaire ne suffit plus.»

Un vent de renouveau

Un écran noir mate Voilà la couleur de la révolution.
Un écran noir mate Voilà la couleur de la révolution.
PPR/Aladin Klieber

Pour Edi Stöckli, il était clair, dès le début, que ce n'était pas seulement l’écran qui devait être redessiné. «Le public doit passer le meilleur moment possible devant son film. Cela passe non seulement par l'image, mais aussi par le son et le confort», explique Andy W. Bohli.

C’était en septembre 2017. Mais c’est seulement début février – soit cinq semaines avant le lancement de cet événement – que les travaux ont débuté. De nombreux acteurs ont contribué à la mise sur pied de ce projet de cinéma LED. L’écran vient de Samsung, la technologie sonore immersive, de JBL, l’organisation de toute cette transformation, d’Imaculix, entreprise zurichoise qui dû faire face à de nombreuses responsabilités.

«On a absolument tout modifié», confie Bohli, «on a enlevé l’intégralité des sièges de la salle. On a littéralement transformé les lieux. De fond en comble.»

Imaginez-vous un instant! Il n'y a plus de cône de lumière pour projeter l'image sur l'écran au-dessus de la tête des spectateurs. La toute dernière rangée est déplacée vers le haut, ce qui permet d’augmenter considérablement le plan d’inclinaison de la salle. Le résultat? Un champ de vision optimisée, des rangées supplémentaires et donc des retombées financières. En effet, plus de rangées signifie plus d’entrées.

Fini le cône de lumière au-dessus des têtes. Le plan de la salle est encore plus incliné.
Fini le cône de lumière au-dessus des têtes. Le plan de la salle est encore plus incliné.
PPR/Aladin Klieber

La construction de ce cinéma étant une première, nous n’avons pu faire appel à aucune autre expérience passée. C’est pourquoi de nombreux problèmes se sont posés: les systèmes de commandes de l’image et du son; le choix de l’emplacement du serveur de stockage des films; l’installation des chemins de câbles dans une infrastructure déjà existante.

Laissez-moi vous donner un exemple: les films sont généralement au format numérique. Le technicien lance le programme – publicités, bandes-annonces et film – depuis un superordinateur sur lequel sont stockées toutes les données. Mais le cinéma en question n’est malheureusement pas en mesure de garder ces films ad vitam æternam. La société de distribution recourt à une clé numérique spéciale permettant de déterminer le moment et la fréquence à laquelle on peut passer un film.

Jusqu’ici, tout va bien.

Projecteurs et ordinateurs. La salle est plus grande qu’il n’y paraît. Il s’agit à dire vrai d’un couloir à la fois long et large reliant toutes les salles de cinéma entre elles.
Projecteurs et ordinateurs. La salle est plus grande qu’il n’y paraît. Il s’agit à dire vrai d’un couloir à la fois long et large reliant toutes les salles de cinéma entre elles.

L’ordinateur se trouve dans la salle de projection abritant la totalité des projecteurs pour toutes les salles de cinéma. Comme le cinéma LED ne fait appel à aucun projecteur, il n’y a rien dans la salle de projection auquel on puisse connecter l’ordinateur. Le film doit alors passer de cette salle à l'écran LED d'une autre manière.

«Nous avons donc posé de la fibre optique dans l'infrastructure de câbles existante afin de transporter les données du grand serveur à l'écran LED», explique monsieur Bohli.

 Câbles à fibre optique reliés au lecteur derrière le mur de LED.
Câbles à fibre optique reliés au lecteur derrière le mur de LED.

Si le cinéma était uniquement équipé d’écrans LED, la salle de projection disparaîtrait du tout au tout. En effet, ce sont les grands projecteurs et le système de refroidissement qui occupent la majeure partie de l’espace. Quant aux serveurs, ils sont aussi grands qu’une penderie, ils pourraient donc sans problème trouver place dans un local de service climatisé. À titre de comparaison: l’actuelle salle de projection d’Arena Cinemas, selon mes estimations, mesure 30 mètres sur 5.

La nouveauté à la puissance deux

En règle générale, les trois principaux haut-parleurs se situent directement derrière la toile: à gauche, au centre et à droite. Les haut-parleurs que vous voyez dans la salle – et il n’y en a que là où le son surround est disponible – ne fournissent le son qu'à partir du côté. Le son des trois enceintes centrales est directement envoyé sur les spectateurs à travers l'écran.

Le problème avec un écran LED, c’est que le son ne peut le traverser.

L’écran LED vu de derrière. Aucun bruit ne peut le traverser.
L’écran LED vu de derrière. Aucun bruit ne peut le traverser.

La solution est la suivante: les ingénieurs de JBL utilisent l’écran LED comme surface de réflexion sonore. Et cette technologie porte le nom de Sculpted Surround. Placés de part et d’autre, deux haut-parleurs supplémentaires envoient le son sur l’écran, lequel se réverbère ensuite sur les spectateurs. JBL va d’ailleurs encore plus loin en trompant l’oreille: mettons qu’un vaisseau spatial vrombissant arrive sur l'image par la gauche, le son est alors projeté sur l'écran de telle sorte qu’il se réfléchisse sur les spectateurs de la gauche.

Ils attendent quoi à Hollywood?

Pendant 118 ans, les grands studios ne juraient que par la pellicule, le fameux celluloïd. Et puis soudain, en l’espace de quelques années seulement, de nombreuses technologies ont vu le jour, et chacune d’entre elles apporte son lot de changements dont Hollywood n’est pas très friand. Par exemple, la numérisation du cinéma, au tournant du millénaire, a eu un impact majeur sur toute la chaîne de production du secteur: du tournage de films à l’archivage, en passant par la distribution et la diffusion au cinéma.

Bohli se montre compréhensif: «À peine les exploitants se sont-ils équipés de la technologie de projection numérique qu’arrive le cinéma LED. Pas étonnant qu’il y en ait qui grincent les dents.»

La construction d'une salle de cinéma LED coûte très cher – de l’ordre du million par salle – et tous les exploitants ne veulent ou ne peuvent se permettre d’investir de tels sommes. Cependant, Andy Bohli est sûr d’une chose, c’est que l’industrie cinématographie doit prendre le train en marche. Même les nouvelles technologies appliquées au domaine du home cinéma évoluent toujours plus vite: OLED versus LCD, résolution 4K, HDR, HFR. Les réalisateurs de séries travaillent à plein régime, car les normes telles que HDR10 ou encore Dolby Vision – contrairement à Hollywood – sont bien établies. En effet, à la maison, d’un point de vue technique, l’image est meilleure que dans les salles obscures.

«Ce ne devrait pas être le cas», explique Andy Bohli d’un ton assuré, «se faire une toile est un événement en soi, quand on dépense vingt francs pour un billet, on doit pouvoir en avoir pour son argent». Il ajoute: «Au cinéma, les spectateurs devraient tout du moins bénéficier de la même qualité qu’à la maison. C’est là l’atout majeur du cinéma LED.»

Je me rends compte que des types comme Andy Bohli ou Edi Stöckli sont plus que des entrepreneurs ou de simples hommes d'affaires. Ils sont fous de ciné et vivent leur passion à fond. Ils sont ambitieux et n'hésitent pas à investir des sommes colossales pour dégoter de nouveaux produits cinématographiques venus d'Asie avant tout le monde.

Edi Stöckli (à gauche) est le propriétaire d’Arena Cinemas à Sihlcity.
Edi Stöckli (à gauche) est le propriétaire d’Arena Cinemas à Sihlcity.
PPR/Aladin Klieber

D’un point de vue technique, un tel écran est en mesure de transposer l’univers visuel de la maison dans une salle de cinéma. En théorie tout du moins.

Voilà la situation telle que nous la connaissons actuellement:

  • la révolution cinématographique ne cesse de faire avancer le matériel existant;
  • Hollywood ne produit encore aucun contenu adapté à la puissance de la technologie LED;
  • les films sont certes tournés en résolution 4K HDR...;
  • ... mais leur distribution se fait en 2K, et la HDR est aux abonnés absents;
  • les contenus en Blu-ray 4K libèrent tout leur potentiel sur un système de home cinéma uniquement.

«Tant que les grands studios ne joueront pas le jeu en déclarant que le cinéma LED est la technologie de l'avenir, les cinémas hésiteront à passer aux écrans LED.», lance Bohli. Il nous explique qu'aucun studio ou société n’est prêt à distribuer des disques de données avec du matériel source de haute qualité pour une poignée de salles seulement. À moins que le public ne le demande à cor et à cri.

«À l’époque, c’était exactement la même histoire avec le 4DX. La construction de la première salle 4DX d’Europe a été tournée en ridicule. Maintenant, elle attire de nombreux exploitants.»

Il reste convaincu que cette technologie offre la meilleure image actuellement disponible et que les spectateurs, par conséquent, sont toujours plus nombreux à vouloir en profiter. Grâce à la résolution 4K et la prise en charge du format numérique HDR, le cinéma LED constitue une technologie parée pour durer dans le temps.

Une révolution accomplie?

Il était une fois le projecteur et l’écran argenté.
Il était une fois le projecteur et l’écran argenté.

Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, Dominik et moi-même avons assisté au lancement du cinéma LED en mars. Nous avons vu le film «Pacific Rim Uprising». Nous n’avons pas aimé. En revanche, question technique, c’était le pied.

J’aimerais qu’Andy Bohli me dise si cette révolution est une réussite. Il nous raconte une anecdote sur une famille à qui on a demandé, pendant l’entracte d’un film, si elle souhaitait poursuivre le visionnage dans la salle de cinéma LED. Bien entendu, personne ne savait à quoi s’attendre. Une heure plus tard, elle sort et demande avec enthousiasme:

«Serait-ce de la 3D sans lunettes?»

Nous rions. Nous sommes d’accord: oui, le cinéma LED a de la gueule. Andy Bohli admet cependant que la différence est plus perceptible lorsque le spectateur peut établir une comparaison directe. Autrement dit, si vous allez voir un film dans la salle 5 de la Sihlcity Arena ce soir, le plus grand changement que vous remarquerez est sans doute le mur noir. Mais cela changera lorsque Hollywood jouera le jeu en produisant du contenu cinématographique pour cinéma LED.

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Luca Fontana
Luca Fontana
Editor, Zurich
Vivre des aventures et faire du sport dans la nature et me pousser jusqu’à ce que les battements du cœur deviennent mon rythme – voilà ma zone de confort. Je profite aussi des moments de calme avec un bon livre sur des intrigues dangereuses et des assassins de roi. Parfois, je m’exalte de musiques de film durant plusieurs minutes. Cela est certainement dû à ma passion pour le cinéma. Ce que j’ai toujours voulu dire: «Je s’appelle Groot.»

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