Montblanc Summit 2: la star rate son entrée en scène

Montblanc Summit 2: la star rate son entrée en scène

Dominik Bärlocher
Zurich, le 30.04.2019
Co-auteur: Stephanie Tresch
Responsabilité de traduction: Jean-François Arnaud
Avec la montre connectée Summit 2, les designers de Montblanc se lancent à l’assaut des cimes. Le bilan au bout d’un mois de test se situe plutôt au ras des pâquerettes.

Optimiser son entraînement, regarder l’heure et surveiller ses indicateurs physiques: les montres connectées promettent beaucoup et sont le plus souvent inesthétiques. Montblanc, la marque allemande synonyme de belles choses, souhaite avec la Montblanc Summit 2 fournir non seulement toutes ces fonctionnalités, mais aussi proposer un objet design. La marque a réussi son pari au moins pour ce qui est du design, car la montre est élégante.

Notre productrice vidéo Stephanie Tresch s’empresse de mettre la main dessus quelques minutes seulement après l’arrivée de l’élégante boîte noire sur le bureau de la rédaction. Commence pour elle une odyssée marquée par la frustration et des bleus au poignet.

Une montre chic… et choc

Stephanie n’est pas particulièrement grande. Ses poignets sont donc relativement menus. Elle porte toutefois volontiers de grosses montres.

«Je ne vois pas l’intérêt des petites montres. Si je porte une montre, je veux pouvoir voir clairement l’heure qu’il est», dit-elle en attachant la Summit. La taille semble être adaptée. «Sinon pourquoi se mettre un tel objet au poignet?»

Le design de la Summit 2 est une réussite totale
Le design de la Summit 2 est une réussite totale

Pendant cinq minutes, Stephanie bouge, travaille et s’habitue à son nouvel accessoire. Le verdict ne se fait pas attendre: le confort n’est pas au rendez-vous. Quelques jours plus tard, elle constate même des bleus au poignet. «Je ne sais même pas comment une telle chose est possible, mais j’ai réussi à me blesser en portant une montre.»

La couronne sur le côté l’a gênée au point de causer des hématomes là où la peau est en contact avec la molette. Pourtant, Stephanie n’est pas une petite nature. Après tout, un test doit être complet.

Un bilan mi-figue mi-raisin

«Je comprends pourquoi un spécialiste du design comme Montblanc ne souhaite pas s’occuper de la programmation d’une montre connectée», soupire Stephanie à la pause de midi. L’objet est certes joli, mais son utilisation n’est pas des plus simples. Côté logiciel, la Montblanc Summit 2 s’appuie entièrement sur WearOS de Google. Ce logiciel libre offre aux développeurs et aux fabricants tout ce dont ils ont besoin pour faire fonctionner une montre connectée: interfaces utilisateur, interfaces logicielles et fonctions.

Le principal problème de WearOS se situe précisément là: il est conçu comme une solution universelle pour tous les wearables, pas seulement les montres connectées. De nombreuses fonctions, API, etc. doivent cohabiter sans entrer en conflit avec d’autres solutions ni bloquer le fonctionnement d’autres produits. Stephanie résume la situation ainsi: «c’est mi-figue mi-raisin.»

L’appli WearOS ne fournit pas d’analyse des données, seulement de la publicité
L’appli WearOS ne fournit pas d’analyse des données, seulement de la publicité

À propos de l’appli (Android et d’Apple iOS), Stephanie ne mâche pas ses mots: «Ça fait longtemps que je n’avais pas été confrontée à une appli aussi compliquée et débile.»

Elle pourrait s’accommoder de cette application à la noix si encore celle-ci fournissait des données convenables. Stephanie s’entraîne cinq fois par semaine en mélangeant arts martiaux et Crossfit. Pour faire des progrès, elle veut pouvoir consulter et analyser toutes les données captées sur le poignet: fréquence cardiaque, durée de l’entraînement, etc. Tout cela est impossible. Wear OS est compatible avec Google Fit, mais l’analyse des données n’est possible qu’avec des applications tierces comme MyFitnessPal. WearOS offre l’interface technologique, Fit enregistre et cela vous permet de consulter les données de base. En revanche, pas de rapports ni d’analyses.

Une batterie comme en 2015

Tous les soirs, Stephanie accroche sa montre sur le chargeur, se frotte le poignet à cause des bleus et se demande pourquoi la Summit 2, qui pèse 62 grammes, n’est pas dotée d’une batterie plus grande. L’autonomie atteint tout juste une journée. «Plus ou moins 12 heures. Mon Fitbit de 2014 faisait mieux.» À noter toutefois que la montre continue d’afficher l’heure même lorsque les fonctions connectées s’arrêtent parce que la batterie est vide. D’autres montres s’éteignent carrément et deviennent alors des accessoires inutiles.

Il y a une fonction dont Stephanie, qui est toujours en déplacement, ne peut plus se passer. «Il y a une fonction pour retrouver son téléphone», explique-t-elle. Quelques gestes suffisent pour que la montre active la sonnerie du téléphone de l’autre côté du bureau.

«C’est top! Ça va vraiment me manquer à la fin du test!»

Le portail spécialisé welt.de qualifie la Montblanc Summit 2 de «montre pour les décideurs d’aujourd’hui», autrement dit un symbole de statut social, plutôt qu’un objet utile. Si comme moi, vous faites du sport sérieusement, que vous souhaitez vous entraîner en suivant votre fréquence cardiaque et que vous voulez analyser vos performances, cette montre n’est pas pour vous. Même si la publicité tend à vous faire croire le contraire.

Elle s’adresse à ceux qui, en plus de lire leurs mails professionnels et d’utiliser WhatsApp, veulent aussi payer leur repas avec une montre de luxe. L’accent porte sur le statut et la commodité, mais pas sur les performances et leur analyse. Une montre connectée de ce type n’est pas donnée et son look doit être à la hauteur. Une petite productrice vidéo avec des ambitions sportives n’est pas le bon groupe cible.

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Dominik Bärlocher
Dominik Bärlocher
Senior Editor, Zurich
Journaliste. Auteur. Hackers. Je suis un conteur d'histoires à la recherche de limites, de secrets et de tabous. Je documente le monde noir sur blanc. Non pas parce que je peux, mais parce que je ne peux pas m'en empêcher.

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