Critique

« Mixtape » : trois heures de pur bonheur

Philipp Rüegg
12/5/2026
Traduction : Yannick Meilleray

« Mixtape » est une bande-son parfaitement dosée, mêlant nostalgie et amitié, et la plus aboutie que j’aie jamais entendue dans un jeu.

Au début, le décor met en scène des éléments familiers : les trois lycéens Stacey, Cassandra et Slater se trouvent à un tournant de leur vie, et leur dernière soirée ensemble s’annonce mémorable. Or, au lieu de se concentrer sur le cliché habituel du bal de fin d’année, le jeu s’attache aux nuances subtiles de l’amitié. Stacy en fournit le livret : elle brise le quatrième mur et m’explique son don de trouver la chanson qui convient à chaque situation de la vie. Son rêve ? Être « music supervisor » à New York et tirer les ficelles des plus grands. Elle a dans ses bagages une mixtape dont je peux participer activement à sa composition.

Un jeu comme un clip vidéo

Mixtape relève plutôt de la catégorie « aventure », mais se joue comme une série de clips musicaux interactifs. Dès que le premier morceau démarre, le jeu devient si captivant que vous ne pouvez plus vous en passer.

Le jeu entremêle habilement des flashbacks avec les événements de cette soirée fatidique. Chaque instant est accompagné de la bonne mélodie. Je n’ai jamais entendu la moitié de ces chansons et pourtant, elles agissent comme un ampli Marshall de 100 000 watts qui fait battre mon cœur au rythme des années 90.

Tout commence par une descente en skateboard audacieuse, mais sans danger, dans une rue. Si je percute une voiture, le jeu rembobine comme un magnétophone à cassettes. Ici, il ne s’agit pas de défi mais d’émotions.

Chaque instant est accompagné du bon morceau.
Chaque instant est accompagné du bon morceau.

Mixtape est une déclaration d’amour aux années 90, même si elle rappelle parfois davantage les années 80, voire les années 70. Si, comme moi, vous avez grandi à cette époque, vous serez littéralement submergé par une vague de nostalgie. Le rembobinage manuel au crayon, les CD vierges laborieusement étiquetés et les grimaces dans les photomatons... Ce ne sont pas de simples souvenirs du passé. On sent dans chaque ligne de code que les développeurs ont remastérisé leurs propres souvenirs de jeunesse.

La première scène qui donne vraiment la chair de poule est celle dans la voiture lorsque le trio se déchaîne sur Freak de Silverchair. Même si j’aurais plutôt choisi les débuts grunge des Australiens, on ressent immédiatement l’énergie. D’une simple pression sur un bouton, je dirige les mouvements de headbanging de mes amis et les miens. L’effet est tout aussi intense lorsque Roads de Portishead démarre et capture à la perfection la mélancolie typique du drame d’un passage à l’âge adulte.

« Mixtape » met le paquet, tant sur le plan visuel qu’acoustique.
« Mixtape » met le paquet, tant sur le plan visuel qu’acoustique.

Des baisers horribles

Le jeu est une playlist parfaitement orchestrée de tels moments et certains sont complètement déjantés. À la recherche d’alcool que la sœur aînée de Tracy a caché dans une maison abandonnée dans la forêt, les trois amis débouchent sur une immense clairière. Soudain, une rafale de vent m’emporte et je danse dans les airs au son doux de Airwalker de Bertrand Dolby qui symbolise l’insouciance de la jeunesse. Est-ce que je viens de pousser un cri de joie ou était-ce Stacy ? Je vis le jeu à fond.

Parfois, je me laisse simplement porter.
Parfois, je me laisse simplement porter.

Toutes les scènes de Mixtape ne sont pas aussi idylliques. Le premier baiser fait aussi partie de la vie d’adolescent. Je ne me souviens pas du mien, mais je n’oublierai jamais ce flash-back du jeu, du moins pas sans aide thérapeutique. Je ne vous montre volontairement aucune image de cette scène, pour que vous puissiez « profiter » de ce moment autant que moi.

Visuellement, le jeu n’a rien à envier à la bande-son. Le style stop-motion des personnages sur un fond fluide confère à l’ensemble le charme d’un clip vidéo d’art et d’essai. Les animations faciales sont expressives et le jeu de couleurs est enchanteur.

Le studio australien Beethoven and Dinosaur a déjà démontré avec The Artful Escape comment transmettre des émotions à travers la musique et l’opulence visuelle. En revanche, Mixtape ne contient aucune chanson de remplissage. Les quelque trois heures de jeu passent à toute vitesse. Le jeu m’a tellement touché que j’ai immédiatement réappuyé sur « Play » après la fin du générique. Cela ne m’était plus arrivé depuis Max Payne 2 il y a plus de deux décennies.

Un peu comme Jackass, mais sans les blessures.
Un peu comme Jackass, mais sans les blessures.

_ Mixtape est disponible sur PC, PS5, Xbox Series X/S, Game Pass et Switch 2_

Bilan

Le mélange parfait

Je prends désormais rarement le temps de vraiment écouter de la musique. Une erreur, comme me le rappelle « Mixtape » de manière impressionnante. Cela fait longtemps que je n’ai pas testé un jeu avec une vision aussi claire. « Mixtape » montre à quel point la musique peut être magique et quelles émotions elle peut susciter. Pendant les quelque trois heures de ce chef-d’œuvre audiovisuel, j’ai eu des frissons du début jusqu’à la fin. Le mélange entre le charme rétro, une bande-son géniale et l’énergie débordante de l’amitié adolescente a tout pour en faire un succès.

« Mixtape » vous emmène dans un merveilleux voyage qui plaira particulièrement aux millenials. Le jeu est toutefois suffisamment universel pour toucher d’autres générations également. À la fin, je n’ai pas versé de larme, mais le jeu continue néanmoins de résonner longtemps en moi.

Pro

  • bande-son fantastique
  • trois heures de pur bonheur
  • style narratif original

Contre

  • rien

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Enfant, je n’avais pas le droit d’avoir de console. Ce n’est qu’avec l’arrivée du PC familial 486 que le monde magique des jeux vidéo s’est ouvert à moi. Aujourd’hui, je compense largement ce manque : seuls le temps et l’argent m’empêchent d’essayer tous les jeux qui existent et de remplir mon étagère de consoles rétro rares. 


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