Le travail de photographe ne vaut rien
Point de vue

Le travail de photographe ne vaut rien

David Lee
5.6.2023
Traduction: Alassane Ndiaye

Le Tribunal fédéral a donné raison à un photographe professionnel qui s’était opposé à l’utilisation illégale d’une photo. Mais l’indemnisation est si faible qu’elle ne lui sert à rien. À mon avis, cela permet même de réduire le seuil d’inhibition pour le vol d’images.

Le Tribunal fédéral a rendu une décision concernant une photo volée, comme le « Tages-Anzeiger » le rapporte aujourd’hui. Une décision que je ne comprends pas du tout.

De quoi s’agit-il ? Le photographe Alain D. Boillat a découvert par hasard qu’une de ses photos aériennes avait été utilisée à des fins publicitaires par une agence immobilière. Il a ensuite établi une facture que l’entreprise n’a pas voulu payer. C’est ainsi que l’affaire a été portée devant le Tribunal fédéral. Celui-ci a confirmé le 21 avril qu’il s’agissait d’une violation du droit d’auteur.

Néanmoins, le jugement est une défaite pour le photographe et pour l’ensemble du secteur. En effet, Boillat demandait 3920 francs suisses, mais il en a reçu 55 francs suisses.

Comment le tribunal est-il parvenu à un montant aussi dérisoire ? L’article du Tages-Anzeiger l’explique ainsi : « Le Tribunal fédéral a suivi dans une large mesure l’argumentation de la société mise en cause pour le calcul des droits de licence. Celle-ci a présenté plusieurs photos de prises de vue aériennes, disponibles sur Internet à des prix relativement bas. »

Je ne suis pas juriste, mais je suis sûr qu’aucun photographe professionnel n’accepterait un travail « indemnisé » à 55 francs suisses. Si une image est disponible à un prix aussi bas, il s’agit en général d’une photo de stock. Avec les photos de stock, le photographe fait de l’argent avec la masse : une photo est vendue des dizaines, voire des centaines de fois. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on obtient suffisamment d’argent pour que l’effort en vaille la peine.

Cette approche ne fonctionne toutefois que pour des motifs très généraux. Dès qu’une personne intéressée a une idée spécifique d’une image, il est fort probable qu’elle ne la trouve plus dans les bases de données d’images de stock. Cela signifie qu’un tel tableau doit être commandé à l’unité. Et ensuite, le travail du photographe doit être payé dans son intégralité.

Le Tribunal fédéral a traité cette image comme une photo de stock alors qu’elle n’en était pas une. Après ce jugement, rares sont les photographes qui oseront encore aller devant les tribunaux. L’existence déjà précaire de nombreuses personnes est ainsi menacée Les photographes professionnel·les n’ont plus aucune raison d’être.

Photo d’en-tête : Shutterstock/Maridav

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Mon intéret pour l'informatique et l'écriture m'a mené relativement tôt (2000) au journalisme technique. Comment utiliser la technologie sans se faire soi-même utiliser m'intéresse. Dans mon temps libre, j'aime faire de la musique où je compense mon talentmoyen avec une passion immense. 


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