Test de produit

Des chiffons imprégnés d’argent pour lutter contre les odeurs : le Silvertrooper en vaut-il la peine ?

Anna Sandner
7/10/2026
Traduction : Aglaë Goubi
Photos: Anna Sandner

J’ai testé le Silvertrooper de Bluu. Ce tissu aux fibres d’argent contribue-t-il vraiment à rendre mon linge plus frais et plus propre ? Et qu’en est-il de l’environnement ?

Des études (en anglais) ont démontré que les ions d’argent peuvent freiner la prolifération de nombreuses bactéries. Il semble donc logique d’exploiter cet effet lors du lavage, par exemple pour lutter contre les odeurs de moisi des vêtements de sport. En effet, ce n’est pas seulement la sueur qui dégage une odeur désagréable. Cette odeur de renfermé est également due aux bactéries et à leurs déchets métaboliques.

À quoi sert un chiffon en argent ?

Selon le fabricant, le Silvertrooper est censé réduire les bactéries, les germes et les mauvaises odeurs, et préserver la fraîcheur hygiénique du linge même à basse température. Le tissu est en viscose dans laquelle est tissé du fil d’argent : selon le fabricant, il contient au total 580 mètres de fil d’argent (ce qui correspond à un gramme d’argent). Il est censé résister jusqu’à 150 cycles de lavage.

Au prix d’environ 31,90 CHF, un cycle de lavage « à l’argent » coûte donc environ 21 centimes. Les produits comparables d’autres marques se situent à un niveau de prix similaire et se distinguent principalement par la quantité d’argent, le matériau, la durée de vie promise et les certificats de test présentés.

La promesse d’un linge qui sent bon et hygiénique semble à première vue séduisante. Il est temps de procéder à un test pratique et d’examiner les faits qui se cachent derrière ces arguments publicitaires.

Mon essai du Silvertrooper

Pour m’en rendre compte de mes propres yeux, ou plutôt de mon propre nez, j’ai testé le Silvertrooper pendant plusieurs semaines. Au cours d’une vingtaine de cycles de lavage, le chiffon en argent de la marque suisse Bluu s’est glissé parmi mon linge et a tourbillonné dans le tambour. Pour pouvoir bien comparer, j’ai tout fait comme d’habitude, avec ce passager clandestin en plus, c’est-à-dire : à 30 °, avec une pastille de lessive pour linge délicat, sans adoucissant ni assainissant, et avec des vêtements de tous les jours très variés, y compris des vêtements de sport.

Il suffit de mettre le chiffon en argent avec le reste du linge à laver.
Il suffit de mettre le chiffon en argent avec le reste du linge à laver.

J’ai également effectué un petit test de résistance : après le lavage, j’ai laissé ma machine dans le tambour pendant environ 24 heures. C’est généralement une méthode assez efficace pour que le linge sente le renfermé.

Qu’en est-il d’un point de vue scientifique ?

Avant d’en venir à mes propres conclusions, très subjectives, examinons les fondements scientifiques du Silvertrooper. L’idée de base est scientifiquement plausible (en anglais). Les ions d’argent peuvent se lier aux membranes cellulaires et aux protéines des bactéries, perturbant ainsi des fonctions cellulaires essentielles. Pour cette raison, les matériaux contenant de l’argent présentent souvent un effet antibactérien (en anglais) lors des essais en laboratoire.

Le problème commence lorsqu’il s’agit de transposer cela au lave-linge, car l’efficacité dépend notamment de :

  • la quantité d’argent libérée par le tissu ;
  • sous quelle forme il se présente ;
  • la durée pendant laquelle il reste en contact avec les textiles ;
  • les bactéries présentes ;
  • le produit de lessive et la température que vous utilisez ;
  • le degré de salissure du linge.

De nombreuses études examinent l’argent sur des échantillons de textiles isolés, dans des conditions contrôlées. Cela n’a rien à voir avec un simple linge lavé dans un lave-linge à pleine charge, en présence de différents textiles, de lessive et d’eau de rinçage.

Les études (en anglais) portant sur les additifs de lavage à base d’argent ne donnent elles aussi qu’une image partielle : en cas de faible charge bactérienne, la prolifération bactérienne a pu être partiellement réduite. En revanche, avec une charge plus élevée, proche des conditions réelles d’utilisation, l’effet n’était pas significatif. On peut en déduire que l’argent peut en principe être efficace, mais cela ne permet pas de déterminer dans quelle mesure le Silvertrooper rend une charge de linge normale plus hygiénique.

De plus, une diminution du nombre de bactéries ne signifie pas automatiquement une diminution des odeurs, et une odeur plus fraîche n’est pas pour autant la garantie d’un linge plus hygiénique. Comme souvent, c’est dans les détails que l’on constate que la question est complexe et loin d’être tranchée. En résumé, on peut dire que le chiffon à l’argent peut être efficace… ou pas.

L’odeur de fraîcheur mise à l’épreuve

Le fondement scientifique de ce concept n’est donc pas encore tout à fait convaincant. Qu’en est-il dans la pratique ? En tout cas, c’est très simple, car l’utilisation est on ne peut plus facile : il suffit de mettre le chiffon dans la machine à laver, puis de le retirer. C’est tout.

Je ne peux bien sûr pas déterminer, avec mon petit test quotidien, si le linge contient effectivement moins de germes ou s’il est plus hygiénique, pour cela, il faudrait des prélèvements et des analyses microbiologiques en laboratoire. Ce que je peux toutefois évaluer, c’est l’odeur, et là, il y avait effectivement une différence.

Avec le Silvertrooper, mon linge sent le frais, c’est particulièrement perceptible sur les vêtements de sport. Et surtout, le chiffon a également réussi le test consistant à laisser le linge humide dans le tambour pendant 24 heures. Le linge était ensuite nettement moins imprégné d’odeur de renfermé que ce que j’ai l’habitude de constater sans le chiffon en argent. Il s’agit toutefois de ma perception personnelle des odeurs, qui ne peut être assimilée à une réduction spécifique du nombre de germes.

L’argent part dans les eaux usées : que se passe-t-il ensuite ?

Il convient toutefois de prendre en compte un autre aspect, surtout si vous utilisez le chiffon en argent pour des raisons environnementales plutôt que pour ses propriétés antibactériennes. Des études (en anglais) menées sur des textiles contenant de l’argent montrent que, lors du lavage, l’argent peut se retrouver dans l’eau de lavage. Dans les stations d’épuration, l’argent réagit souvent avec des composés soufrés pour former du sulfure d’argent, qui est nettement moins soluble et généralement moins nocif que les ions d’argent libres. Une grande partie de l’argent se retrouve donc dans les boues d’épuration. Cependant, la quantité exacte d’argent libérée par le Silvertrooper et ce qu’il en advient finalement ne font l’objet d’aucune documentation publique.

Ces lingettes ne sont toutefois pas interdites ni en Suisse ni en Allemagne pour des raisons de protection de l’environnement. Les ions d’argent libres peuvent être nocifs pour les organismes aquatiques ; le sulfure d’argent est toutefois nettement moins problématique, mais il peut se retrouver dans les sols via les boues d’épuration. Son comportement à long terme dans les sols n’est pas encore entièrement élucidé.

Ma conclusion personnelle penche donc contre le Silvertrooper : je trouve que ses avantages sont trop limités et insuffisamment prouvés pour justifier une pollution potentielle de l’environnement.

Bilan

Une odeur plus agréable sans preuve d’hygiène

Il suffit de mettre le Silvertrooper dans la machine à laver pour qu’il réduise les odeurs désagréables, notamment sur les vêtements de sport ou lorsque le linge est resté trop longtemps humide dans le tambour. Il n’est toutefois pas prouvé que cela rend le linge réellement plus hygiénique. Étant donné que l’argent peut se retrouver dans les eaux usées lors du lavage et qu’aucune donnée n’est disponible concernant les rejets du Silvertrooper, ce chiffon constitue davantage un accessoire anti-odeurs facultatif qu’un élément indispensable du lavage.

Pro

  • jusqu’à 150 cycles de lavage
  • utilisation facile
  • réduit les mauvaises odeurs

Contre

  • pas nécessaire pour le linge ordinaire
  • le rejet d’argent dans les eaux usées n’a pas été quantifié
  • l’effet hygiénique n’est pas clairement démontré
  • prix élevé

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Rédactrice scientifique et biologiste, j’adore les animaux et je suis fascinée par les plantes, leurs capacités et tout ce qu’on peut en faire. C’est pourquoi j’aime être à l’extérieur, de préférence quelque part dans la nature ou dans mon jardin sauvage.


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