Pas de terreau pour les tulipes suisses

Pas de terreau pour les tulipes suisses

Carolin Teufelberger
Zurich, le 03.03.2019
Il n'y a pas qu'aux Pays-Bas qu'on sait faire de la tulipe. En Suisse orientale aussi, et notamment dans un petit village de 1000 âmes qui abrite une serre des plus moderne.

Un tapis de verdure se déroule sous mes pieds. Les rayons du soleil pénètrent à travers le toit pour fournir aux plantes la lumière nécessaire. Pourtant, il fait relativement froid dans cette maison de verre. Me félicitant d'avoir apporté la petite laine en plus, j'aperçois quelque chose qui bouge dans le coin à l'arrière. C'est un robot qui glisse sur les tulipes. Sous moi se trouvent deux niveaux où des machines sont également à l'œuvre. Je ne vois presque personne. Mais c'est parce que c'est la pause déjeuner chez Rutishauser.

Une entreprise familiale moderne

La pépinière Rutishauser AG, aux mains de la famille depuis sa fondation en 1912, a un produit phare ; la tulipe. Personne d'autre en Suisse ne la cultive autant. Cinq millions de tulipes quittent l'usine de Züberwangen chaque saison, laquelle ne dure que 16 semaines. La récolte a lieu de fin décembre à mi-avril, après quoi il fait trop chaud. Mais avant de pouvoir être récoltées pour la première fois, il leur faut sept semaines de culture, un processus que j'ai demandé à Jasmin Stricker et Andrea Brander de me montrer et de m'expliquer. chez Rutishauser, Jasmin Stricker est responsable des ventes et du marketing des fleurs coupées, Andrea Brander, chef de département et responsable qualité.

À gauche, Andrea Brander, à droite, Jasmin Stricker.
À gauche, Andrea Brander, à droite, Jasmin Stricker.

J'apprends dès le début ce qu'est la plus grande spécialité des tulipes façon Rutishauser. Elles se tiennent dans l'eau et ne connaissent pas le terreau. « La famille a opté pour l'hydroponie il y a environ quatre ans, car c'est une culture d'avenir », explique Jasmin Stricker. Cette technique n'est pas meilleure que le terreau, mais elle se veut plus efficace en matière de ressources et plus facile pour le transport à l'intérieur du pays. « Imaginez des plaques contenant les tulipes remplis de terreau ; nos monte-charge seraient poussés à leurs limites », continue Andrea Brander.

En parlant de monte-charge, je n'ai pas encore remarqué beaucoup de gens ici. En effet, outre le transport, l'arrosage est également effectué par un robot qui, cinq fois par jour, glisse sur le tapis de tulipes pour donner de l'eau pendant 40 secondes. « Lors de la période de culture, la plupart des étapes sont effectuées par des machines, mais sous la supervision des employés », explique Andrea. C'est pourquoi elle ne quitte pas des yeux sa tablette qui lui permet de contrôler tous les domaines de la production de tulipes et de maîtriser la lumière et la température.

Chez Rutishauser, personne ne se balade avec un arrosoir à la main.
Chez Rutishauser, personne ne se balade avec un arrosoir à la main.

Des bulbes hollandais

Mais avant que l'eau n'entre en jeu, il faut des bulbes dignes de ce nom. Ils proviennent de Hollande, le pays de la tulipe par excellence. Mais pourquoi sont-ils importés ? « Aux Pays-Bas, le sol est parfait pour les tulipes, nous n'aurions pas assez d'espace pour les faire pousser en Suisse » lance Jasmin. En effet, les bulbes ne proviennent pas de serres, mais d'immenses champs à ciel ouvert, ce qui n'est pas un problème pour ce pays plat contrastant fortement avec la topographie accidentée de la Suisse.

Les bulbes importés sont placés à la main sur une plaque en plastique noir recouvertes de petits crans qui s'enfoncent dans la chair. « Ces blessures ne sont pas un problème tant que les racines ne sont pas endommagées et que le bulbe est piqué correctement, cela va de soi », continue Andrea. Une fois la plaque remplie, elle est placée dans une chambre noire à cinq degrés et arrosée pendant trois semaines. Ce n'est que dans ces conditions que les bulbes de tulipes peuvent pousser, il n'en est pas autrement dans la nature.

Il faut faire attention à ne pas endommager la racine lorsque l'on pique les bulbes sur la plaque.
Il faut faire attention à ne pas endommager la racine lorsque l'on pique les bulbes sur la plaque.
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L'odeur de la piscine couverte

En entrant dans la chambre froide, je remarque d'emblée cette odeur si typique des piscines couvertes. Je ne m'attendais pas à la retrouver en ces lieux. « Outre les engrais, notre eau est également chlorée pour tuer les moisissures et les bactéries », Jasmin Stricker. Cela m'étonne, puisque Rutishauser appelle sa serre « Ecofarm ». « Nous fonctionnons en circuit fermé, donc l'eau est utilisée encore et encore », lance Andrea. De plus, la quantité de chlore est si faible qu'elle ne constitue pas de menace pour les forêts et les prairies. Et Rutishauser peut ainsi se passer complètement de produits phytosanitaires.

C'est ici que les tulipes passent les trois premières semaines de leur vie.
C'est ici que les tulipes passent les trois premières semaines de leur vie.

Un jeu de lumière artificielle et naturelle

Une fois les plantes bien enracinées, elles troquent le froid contre la lumière artificielle. « La lumière claire, parfaitement adaptée, donne un coup de pouce supplémentaire, ce qui favorise la croissance des tulipes », explique Andrea. Elles y restent trois à quatre jours avant de monter d'un niveau à la lumière naturelle. Dans cette dernière phase de culture, les fleurs restent pendant trois à quatre semaines. Avec le temps qu'il fait en ce moment, c'est plutôt trois que quatre. « On peut ajuster quelque peu la température grâce à la ventilation et au chauffage, mais on n'arrive pas à couper l'herbe sous les pieds de la météo », lance Jasmin. Par conséquent, la récolte ne peut pas être planifiée avec précision. « Dès que les fleurs commencent à prendre de la couleur, elles doivent être récoltées. »

Les LED roses donnent un coup de pouce supplémentaire aux plantes.
Les LED roses donnent un coup de pouce supplémentaire aux plantes.

Le jaune, la couleur du printemps

Les fleurs descendent d'un niveau grâce aux monte-charge. On y retrouve les employés, que je pensais absents au début, qui trient et bottellent les tulipes, le tout sous l'assistance des machines. Les jours de pointe, ce sont jusqu'à 75 000 tiges qui circulent sur le convoyeur. Je suis étonnée de la couleur de ces petites têtes de fleur qui revient le plus souvent. « Le jaune reste notre couleur préférée, bien que nous ayons aussi des variétés rayées et tachetées », explique Jasmin. D'autres couleurs seront néanmoins ajoutées à l'assortiment en 2020. Les variétés qui se vendent mal ou ne se développent pas bien dans l'eau sont toujours évincées.

La récolte nécessite des employés en chair et en os, car les machines seules ne suffiraient pas.
La récolte nécessite des employés en chair et en os, car les machines seules ne suffiraient pas.

Les bouquets, qui dans la plupart des cas contiennent 15 tiges, sont emballés sans aucune aide technique. Le personnel ajoute également une étiquette de qualité suisse afin qu'il soit facile pour les acheteurs de distinguer ces fleurs des autres. « Question prix, nous ne pouvons pas rivaliser avec les tulipes de Hollande, mais les nôtres sont robustes, poussent en vase et n'ont pas été transportées sur de grandes distances. Nous voulons le signifier à nos consommateurs grâce à cette étiquette », déclare Jasmin.

Chaque bouquet reçoit une étiquette « Swiss Garantie ».
Chaque bouquet reçoit une étiquette « Swiss Garantie ».

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Carolin Teufelberger
Carolin Teufelberger

Editor, Zurich

Élargir mon horizon: voilà comment je résumerais ma vie en quelques mots. J'aime découvrir de nouvelles choses et en apprendre toujours plus. Je suis constamment à l'affût de nouvelles expériences dans tous les domaines: voyages, lectures, cuisine, cinéma ou encore bricolage.

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