Je ne veux pas faire d’activités manuelles sans mon enfant
Point de vue

Je ne veux pas faire d’activités manuelles sans mon enfant

Katja Fischer
2.11.2023
Traduction: Martin Grande

Ne m’en voulez pas, je profite de la rédaction de cet article pour me défouler. J’ai dû coudre un drôle d’animal pour ma fille, mais sans elle. Aujourd’hui, je vous raconte pourquoi je me suis laissée dépasser par cette punition ultime.

Il est déjà 20 heures quand la maîtresse prononce les mots « nous pourrions passer à l’activité manuelle ! » d’une voix dont l’euphorie à peine exagérée m’irrite. « Pourrions ». C’est ça, oui. Comme si nous avions le choix. Désespérée, je tente une dernière escapade intellectuelle en me rappelant la conjugaison de « pouvoir » au conditionnel tandis qu’elle brandit une peluche à franges censée nous servir de modèle. « Le tissu, du fil et une aiguille se trouvent sur votre table, avec les instructions. »

Vous l’aurez deviné, nous assistons à une réunion de parents d’élèves. Les présentations ont duré l’heure et demie précédente, pendant laquelle nous avons reçu toutes sortes d’informations sur le contenu du sac d’EPS et les rituels d’anniversaire de nos enfants. Pour couronner le tout, voilà qu’on nous demande de coudre. Une peluche ! Deux semaines plus tôt, à la rentrée, notre devoir avait simplement consisté à inscrire un nom sur un morceau de feutre. N’avons-nous pas sauté quelques étapes ? Impuissante face à mon incompétence en la matière, un sentiment de malaise m’envahit.

30 adultes sur des chaises d’enfants

Ne te pose pas de questions, tu n’as pas de temps à perdre, me dis-je. En effet, une trentaine de mamans et de papas se pressent déjà autour des tables de bricolage, sur leurs chaises trop petites et trop peu nombreuses. On coupe, on coud et on rembourre. Je participe allègrement. Au début.

Au bout d’un quart d’heure, mes nerfs prennent le dessus et je commence à planifier une évasion. Après avoir subtilement demandé si nous pouvions terminer nos ouvrages respectifs à la maison, je m’équipe des ustensiles nécessaires et prends congé. Le délai d’une semaine accordé par le personnel d’encadrement résonne en moi comme un avertissement.

Bien entendu, une semaine plus tard exactement, ma fille rentre à la maison avec un symbole dessiné sur sa main. Le deuxième avertissement, inscrit sur la peau de ma fille, est censé lui rappeler de me rappeler que l’échéance est dépassée. Zut de zut !

Le soir même, assise à la table de la salle à manger, je me maudis moi-même : « Tu es trop bête, même avec un mode d’emploi », j’essaye de me rassurer : « Tu as déjà réussi des choses bien plus difficiles » et je me rappelle les paroles de ma propre mère : « J’ai deux mains gauches pour la couture. » Je compatis, maman. Mes compétences en couture sont loin, très loin en dessous de la moyenne.

Ce constat m’atterre. Je cherche à relativiser. Au moins, je suis assise sur une chaise d’adulte et j’ai une boisson d’adulte à portée de main. À votre santé !

La table de la salle à manger est aussi ordonnée que mon cerveau.
La table de la salle à manger est aussi ordonnée que mon cerveau.
Source : Katja Fischer

Bien choisir son moment

Je. Déteste. Les activités manuelles. Je ne m’en cache pas. Mais ce n’est pas votre problème. Parfois, dans la vie, il faut savoir serrer les dents.

Pourtant, cette fois-ci, je ne comprends pas l’intérêt de la punition. Pourquoi devrais-je coudre au milieu d’adultes que je ne connais même pas, serrée comme une sardine dans une salle de classe trop petite ? C’est censé être amusant ? Je ne trouve pas. Parce que c’est pour ma fille ? Je veux bien, mais dans ce cas, pourquoi n’est-elle pas assise à mes côtés ? Si déjà je dois faire une activité manuelle, j’aimerais bien pouvoir décider où et quand. Et, surtout, avec qui. La réponse étant avec mes enfants.

Je bricole avec mes enfants de temps en temps. Mes filles ne tiennent pas de leur mère. Ironie du sort, elles adorent les activités manuelles.

Nous faisons de la peinture, sculptons des citrouilles et des navets, et faisons des petits gâteaux de Noël (ça compte, non ?). Les navets seront bientôt à l’ordre du jour à l’école. En effet, un jour avant la marche des lanternes, les parents se rassemblent à nouveau autour des petites tables et aident leurs enfants maladroit·es à creuser et à décorer leurs raves. C’est là que les travaux manuels prennent tout leur sens. Parce que ma fille et moi passons du temps ensemble et travaillons sur des projets communs.

Je prendrais même volontiers une demi-journée de congé pour cela. J’aurais adoré, si le matin des navets n’avait pas été organisé le jour où c’était au tour de mon mari de s’occuper des enfants. Décidément, les activités manuelles n’ont pas fini de me tourmenter.

Conclusion : une enfant qui pleure et une tête qui pend

Je n’ai pas fini ma peluche. J’y consacre deux heures à la maison, en plus de la demi-heure initiale à la maternelle. C’est peut-être dû à mon incompétence, mais je suis sûre que les parents ayant des compétences moyennes en couture ont dû y consacrer au moins une heure.

Un tonnerre d’applaudissements pour...
Un tonnerre d’applaudissements pour...
Source : Katja Fischer

Malgré mon suivi scrupuleux des consignes, le résultat ne ressemble à rien. On dirait un gros éléphant avec un nez pointu au design floral et une crinière de cheval ébouriffée. C’est mieux que rien. Heureusement, ma fille m’éclaire : « C’est le "Je suis moi" de l’histoire ! » Je cherche le personnage du livre pour enfants sur Internet et identifie effectivement des similitudes avec un certain éléphant-cheval dans un livre pour enfants en allemand.

Similitudes ou pas, l’institutrice, que j’admire beaucoup du moment qu’elle ne nous force pas à faire du bricolage sans nos enfants, doit avoir pitié de mon chef-d’œuvre. « Pauvre enfant ! », se dit-elle sûrement avec compassion. Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort.

Quelques jours plus tard, ma fille rentre à la maison en pleurant. La tête de son « Je suis moi » vacille. « Maman, tu n’as pas bien cousu », me reproche-t-elle. « Je sais, mon enfant, je sais », me dis-je silencieusement. Intérieurement déconfite, je décide de ne pas perdre la face. « C’est parce que les animaux doivent pouvoir hocher la tête. » Logique, non ?

Le triste envers du décor.
Le triste envers du décor.
Source : Katja Fischer
Photo d’en-tête : Katja Fischer

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Maman d'Anna et d'Elsa, experte en apéritifs, passionnée de fitness en groupe, aspirante ballerine et amatrice de potins. Souvent multitâche de haut niveau et désireuse de tout avoir, parfois chef en chocolat et héroïne de canapé.


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